
Ses yeux se posent sur mon corps, une fois de plus, et aspirent mon âme goulûment. Il chante, et c'est tout mon corps qui se décompose. Je tombe, liquide à ses pieds, alors que sa profondeur me touche et me transperce. Il porte un costume noir, presque une allure d'homme, mais ses tennis blanches et trouées ne laissent rien paraître. Il a le regard si clair que ses yeux noirs me brûlent au son de la musique. Et lorsqu'il ouvre sa bouche, et que sa tête tangue au rythme de ses mots, je fonds encore. Il se pose sur le micro comme aux lèvres d'une grande dame, et lui fait l'amour tendrement, aussi bien qu'il garde le regard d'un sauvageon. Son nez se froisse, et je me perds entre ses boucles brunes. Ses mains ont l'air si douces. Son corps si pur. Presque neuf. Le son des guitares a l'air de le bercer, mais le bel homme a le contrôle de l'univers. Trois minutes d'éternité. Il pose ses pieds à terre et envoûte. Son accent est si rond que je perds tout repère. Il n'a besoin de rien, rien de plus que lui et ce micro chanceux, rien de plus que lui et un piano pour tout changer. Une petite révolution alors que son visage se transforme. Il bouge le monde. Dans mes yeux, une petite larme, parce qu'il me fait bouger si joliment que je voudrais le couvrir de mes larmes, d'un filtre qui le protégerait. Qui lui donnerait le pouvoir de me charmer chaque seconde, alors que je l'aspire, il m'inspire encore. Les douces sonorités rivalisent avec les courbes tendres de son corps. Regard malicieux, et il ferme les yeux. Soulagement bref. Comme prise dans un ouragan, le tourbillon de ses bras, comme si chaque chanson était un moment tendre, amoureux entre nous deux. Son pied bat le rythme. Son micro tangue, il me prend entre ses mains et je me sens prise, éprise, aux hanches, je tourne et je valse sous sa voix. Ne t'en fais pas, je resterai là dans un coin, petite souris. Je me glisse entre tes jambes fines pour t'observer, j'ouvrirai bien grand mes yeux pour apercevoir ton corps qui se meut, qui s'émeut. Je voudrais que tu m'embrasses, que tu me dises que c'est fini, de ta voix douce. Moment charnel. Je voudrais que tu me dises que ma peau est douce, que nous est brûlant, que tout ce qui importe, c'est ce qui nous attend, au fond. Puisque lorsque nos coeurs se touchent comme ça, le monde on s'en fiche. On en conviendra. Les colères s'estompent, ta voix douce résonne sur les pores de ma peau, je voudrais m'allonger sans bouger, au dessous de toi, te voir d'une autre manière, avoir l'impression de te redécouvrir, de recomprendre encore une fois, que c'est nous. Ta voix m'emporte. Avec toi sur les anneaux de Saturne, le vaisseau spatial de nos amours déchirées. On ne comprendrait jamais...vraiment...assez. Je voudrais que tu murmures tous ces mots à mon oreille, que tu m'inventes cette berceuse aux paroles qui me tuent, chaque fois, les gouttes tombent sur mon cou, et tu ne les essuies pas. Parce que je ne suis que cette groupie, allongée sous toi, loin, si loin là bas...
Je voudrais faire de toi le roi de mon royaume, le dieu des mondes oniriques, faire de toi mon chevalier et je te servirai, juste pour que tu chantes encore, juste pour que tu m'aimes encore une fois, entre mes draps, j'écoute tes mots.
Et l'homme à la chevelure nuit me tue, le coeur bat à cent à l'heure et je me perds entre tes mots alors que tu bats la mesure, et je crierai, et je sauterai pour te porter plus haut, ange de lumière au regard sombre. Une certaine transe aux allures d'amours charnelles, mon corps se tend à ton vibrato, et tandis que tu tiens la note, mon âme se tient en haleine à t'écouter. Il murmure des mots à mon oreille, et si les autres ne pourront jamais les entendre, et les écouter vraiment, je me sens presque déesse d'avoir pu te comprendre, et t'avoir presque à moi. Et pourtant il m'échappe, cette fêlure qui nous sépare d'un fil, alors que la passion prend, cruelle étincelle destructrice. Vivre dans l'illusion que ton visage se colle à moi tous les matins, alors que je me serre contre ton corps. Les mots doux te vont si biens. L'extravagance de la séduction, dans tes yeux retrouvée.
Je n'ai pas vraiment de mots que la langue française aurait pu inventer, et qui aurait pu te correspondre assez bien, parce que certaines choses comme celles-là sont si vraies et si fortes qu'elles s'arrâchent et s'éloignent cruellement d'une réalité bien trop plate et trop simple. Ils ne rendraient pas assez bien état de l'effet que tu me fais. Une perle. Nacrée, tombe sur ma joue, et je l'attrape, je la garde entre mes doigts, et je dormirai avec une partie de toi cette nuit.
Nos deux mains se desserrent de s'être trop serrées.
La réalité ne nous tuera jamais assez, jamais autant que ce que tu auras donné à ma vie. Je dormirai inachevée ce soir encore.
Voir la vie en noir et blanc, voir la vie entre tes doigts, sur un roman photo, traînée, sourire aux lèvres, jusqu'à ton corps, et je ferais semblant de me débattre, et on rirait encore. En noir et blanc dans nos draps, faire comme avant, et se déshabiller pudiquement parce que l'on n'a pas l'habitude, parce que l'on fait comme si l'on ne se connaissait pas vraiment, même si au fond le désir brûle un peu trop, et qu'entre les draps, et mon déshabillé, je voudrais me perdre un peu, et ne plus comprendre la réalité. Je voudrais qu'en noir et blanc tu me comprennes, que tu m'aimes à l'ancienne, doucement. Sensiblement, le rouge aux joues, comme la première fois. Sans trop savoir si l'on s'aime vraiment. Juste en espérant. Je voudrais qu'en noir et blanc tu t'accroches à mes bras, sans trop savoir si je vais rester là, où si je vais m'en aller, mais juste prendre le risque de se saborder encore une fois, tanguer sur le fil du rasoir, et je te rattraperais au dernier moment.
Ne t'en fais pas.
Je voudrais qu'en noir et blanc tu m'embrasses encore, du bout des lèvres, juste à peine, sur la joue même peut-être, et que mes joues deviennent rouges de passion, d'un rouge pudique et étranglé. Je voudrais ressentir ton baiser jusqu'à la moëlle, le sentir traverser toutes mes couches, le sentir arriver jusqu'au coeur comme un éclair. Pas vraiment un flash, juste un petit déclic, sentir que l'amour est bien là.
Je voudrais qu'en noir et blanc sur une plage, on passe une soirée sous les étoiles, une dernière fois avant la fin de l'illusion. Avant la fin de ce début excitant. Te tenir la main, et me retourner à chaque bruit, de peur d'être surpris là. En noir et blanc compter les étoiles une par une, et faire des dessins. En une soirée réinventer l'univers entier avec nos vingt doigts et nos trente-huit ans à tous les deux. Tu me donnerais un pull, et je bouclerais mes cheveux entre mes doigts. Regarder juste le plafond en noir et blanc et y dessiner un monde où l'on pourrait vivre toi et moi. Où l'on pourrait survivre tout ce temps-là. En noir et blanc pourrais-tu nous voir un peu, nous apercevoir dans l'ombre d'une porte, chuchotant. Oh qu'il est doux d'être amoureux, qu'il est tendre d'être deux.
Mon amour, doucement. Laissons nous nous inventer un avenir, puisque l'on est jeunes, et que le monde est dur, et qu'il y est impossible de s'y projeter. O mon amour, inventons donc un demain plus pur, et plus nacré. Dehors tout en pastel. Tout arc-en-ciel. Laisse nous vivre la passion des jours dorés, sans limites, ni coupures cinglantes. Laisse nous inventer ce qui n'est pas possible encore.