
Les esprits se troublent et s'étranglent. Des rires dans le noir, autour d'une table jaunie par le temps. Le temps s'écoule sans même s'en rendre compte, et après un instant, la pluie tombe sur leurs visages immobilisés. En arrière-plan, les arbres dansent, et les feuilles tombent. Qu'il est difficile d'avouer ce que l'on est vraiment. Surdouée. Les esprits s'échauffent. Un enfant, dans le noir, une petite fille lève les yeux au ciel pour ensuite les tomber à terre. Jamais à la bonne hauteur, supporter cette différence de l'éternité. Comprendre qu'il ne faut pas dire pour pouvoir être aimé à sa juste valeur. Jardin secret, douleurs cachées, les cases se figent pour devenir qui l'on doit être. Les esprits restent immobiles dans le noir, effarés. La petite fille verse une larme face à ce futur qu'elle contemple. Jeune femme autour d'une table, allongée, sourit. Potiche sous la pluie, fait joli, pas vraiment. Avouer ces choses interdites qu'il ne faudra jamais dire. Mourir enfoncée dans les secrets.
Nue seulement face à cet autre, qui aura fait l'effort de la comprendre, qui aura ouvert son coeur, toutes ses portes. Compris ses douleurs et ses peines à vivre. Ces choses qu'on ne dira jamais, juste à l'autre, l'éternité. Reprendre confiance en l'osmose de corps, d'âmes qui se connaissent vraiment. Jusqu'à l'os, jusqu'à la moëlle, s'aimer autant que je te hais, car toi seul connais ces failles qui me tuent à l'intérieur, ces faillent qui dessèchent mes yeux les beaux soirs de décembre, les noels trop difficiles prise par les douleurs d'une famille déchirée. Nue seulement face à lui. Ouvrir son corps et son âme doucement. S'effeuiller jusqu'au pistil, en saisir la saveur. Retrouver de ces mots qui sont trop durs à dire, car trop longtemps gardés dans mes tripes, là où personne n'irait chercher. Surdouée. Garder au fond cet aspect indélébile que les autres ne comprendraient pas, ne croiraient pas assez.
Parce que ses regards bleus me tuent, dans la lueur du jour, et le noir profond de la nuit. Sentir cette saveur, sur le bout de la langue qui me dit sans doute, perds ces pétales futiles, que tout le monde croit aimer, que tous croient connaitre.
Tort, ces torts que l'on tait, ces tares. Surdouée. Comment perdre tout, perdre ces atouts, dans le noir autour d'une table. Sourire seulement, parce qu'il n'est pas là. Perdre ces regards qui me rendent si forte.









