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Mardi 18 Mars 2008 à 22:06

Ce que je veux, quand je veux, et de la façon dont je le veux. Maitresse d'une certaine partie de moi.


Elle, elle est différente. Au premier abord, c'est ce que l'on voit. Un manteau de velours noir qui lui tombe aux chevilles, des cheveux longs jusqu'à bas de son dos, un petit visage aux traits grossiers, des vêtements quelque peu difformes parfois, comme si tout ça n'était vraiment pas important. Factice. Illusion. Elle lutte contre les illusions. Elle assume tout ce qu'elle est et tout ce qu'elle représente. Vit sa part de féminité, différemment, mais comme les autres après tout. Ses griffures dans le dos, un mystère. Elle toute entière est un mystère au fond. Les gens la regardent discrètement, un peu effrayés, parfois même fascinés. Elle ne mâche pas ses mots, elle ose, condamnée par quatre années d'interdictions au pays des étoiles. Elle se défait de mots enfermés bien au fond, jusque dans ses tripes. Et en général, elle se bat contre la restriction, la différence, le regard. Le cynisme. Elle aime. Passionnément, bien que timide. On sent que même si tout est contenu, tout explose autour de son coeur, petit cataclysme amoureux. Elle l'attrape, et il la fait beaucoup rire. Il est devenu une habitude pour elle. Elle est maîtresse. Dessine son monde comme un film. Son nom chante douceur et authenticité, elle rêve d'aventure et de violences joyeuses. Mais le monde n'est pas un film, n'est pas un drame tous les jours.



Etude d'une jeune révolutionnaire. Elle est un peu alter-mondialiste. Elle aime gueuler. Elle aime se faire remarquer pour ce genre de choses, mais en général, elle ne se fait pas trop remarquer. Et si les autres ne l'aiment pas vraiment, c'est parce qu'elle leur fait peur, ils pensent qu'elle en fait trop, qu'elle est trop. Sans bien chercher à connaitre, à comprendre. Elle se trouve mature, et croit que changer le monde est un peu sa vocation. Sur du social. Son filon, aider les démunis. Changer les mentalités, combattre le capitalisme, éradiquer la vermine. Elle se fout de ce qui lui semble futile. De toutes ces choses auxquelles les gens font bien trop attention, selon elle. Captivés par les offres du système. Elle aime la qualité, mais par-dessus tout, dénigre la quantité. Elle est amour au fond, et a le coeur qui bat si fort et si vite lorsqu'il est tout près d'elle. Ce n'est qu'une femme après tout. Bons sentiments, toujours, encore, et de l'aventure, toujours, encore, chercher de l'action là-bas, dans ces pays auxquels les gens ne pensent pas. Ces pays orientaux, mystérieux. Elle adore porter plusieurs couches de vêtements bien chauds, qu'elle enlève souvent. Elle n'est pas très frileuse. Elle ne prête pas vraiment attention aux détails, elle sait que le monde n'est pas un film, n'est pas un drame tous les jours. Pas dans ce pays, pas une star hollywoodienne, bien que ses yeux noisette pétillent chaque minute, chaque seconde. Elle aime, elle est ce qu'elle fait. Elle le vit, et le respire, transpire l'acceptation et le contentement d'elle-même.



Elle, elle est plutôt grande, plutôt bien proportionnée, plutôt blonde. Elle a plutôt l'air d'une fille du Nord, sa peau est plutôt claire, bien qu'elle vive dans le Sud profond de la France. Son prénom sonne plutôt nordique, voire British. Elle ressemble en fait à une petite fille modèle parfois, blonde et sage, toujours obéissante, pas vraiment bavarde, gentille et bien propre, au carré. Mais au fond, dans ses tripes, elle a une fureur qui transpire jusque dans ses pupilles, qui transparait par chacun des pores de sa peau. Comme un kyste qui aurait éclaté, à l'intérieur, à force d'avoir été trop contenu, trop d'années, trop sage. Elle est grande maintenant. Elle est à l'écoute des gens, sait réagir. Une intelligence timide. Quoique pas si timide si on creuse. On sent cette présence oppressante tout autour d'elle, que quelqu'un s'est imposé dans sa vie, et lui a imposé une vision, une manière de vivre. Elle voudrait être aimée, plus que tout, se fendre le coeur, et mourir d'amour, enlaidie par tant de passion. Parce qu'aujourd'hui elle se trouve un peu fade. Pas vraiment épanouie. Trop propre. Mais jolie blonde, le monde n'est pas un film, n'est pas un drame tous les jours.


 
Lundi 17 Mars 2008 à 20:43



Lui, c'est un petit garçon blond, très haut, si haut qu'il se baisse souvent. Il est dégingandé, et dans ses yeux, je vois le regard d'un petit gars perdu, qui n'a pas bien vu qu'il avait grandi, quand ou encore comment. Dans ses mots, il transpire le manque de confiance en soi. Au fond il est gentil, mais on ne le voit presque pas. Alors son coeur se brûle, doucement, se consume, paisiblement, tandis qu'il fait semblant... Semblant d'être un autre; semblant d'aimer ça, semblant de se croire meilleur. Illusions. Le grand petit blond ne sait pas vraiment comment s'habiller, ni pourquoi faire les choses à moitié. Alors, il en fait toujours trop. Sans même s'en rendre compte, c'est juste histoire d'être différent. Sans, sans doute, comprendre qu'être unique n'est pas être extrême, n'est pas être excessif, mais être soi. Simplement. Tout en sobriété. Ce n'est pas se déguiser, parler plus fort, s'inventer un accent bourgeois, savoir tout mieux que tout le monde, le montrer. Montrer toujours et encore. Et finir par être une caricature de lui-même. Même ses traits s'épaisissent et se ridiculisent. Finir par ne pas aimer les gens juste parce qu'ils ne vous aiment pas, sans même tenter de les connaître, sans même chercher à comprendre. Ou bien trop tard. Se croire caméléon, selon l'humeur des gens en face de soi, se penser au-dessus de tous ces gens-là, pour pouvoir se transformer, se faire aimer. Parce qu'il s'agit bien là du but suprême, se faire aimer par-dessus tout, quite à se perdre encore. Mais soi importe peu dans ces affaires là. Le petit garçon blond ne sait pas encore. Que le soi, c'est tout un monde. Peu importent les fioritures, les ornements, les tonnes et les tonnes encore et toujours. Et comprendre que l'excessivité plait ou déplait. Se rendre compte que le monde n'est pas amour, amitié, rose bonbons et Walt Disney. Et croire, si le monde lui tourne le dos, que c'est chez les enfants qu'il faut se réfugier. Parce que lorsqu'il était gosse, il était sacrément plus tranquille, tout le monde l'aimait bien, parce que c'était tellement simple. Mais le monde ce n'est pas ça petit blond. Le monde n'est pas un film, n'est pas un drame tous les jours.



Elle, c'est une femme. Déjà, elle est encore jeune pourtant. Presque chauve. Ses cheveux sont mi-longs, e roux, presque normaux, bien que trop rares. Conséquences d'une maladie au nom barbare que l'on aurait détectée trop tard. Elle s'y est faite. L'apparence pour elle, ce n'est pas grand chose. Elle est grosse, et ne s'en cache pas, elle ne fait pas semblant dans des vêtements trop larges et mal adaptés, elle s'aime plutôt bien juste comme elle est. Elle aussi est excessive, extrême, elle est là et on l'entend. Elle parle fort, haut, et raconte ses amours à qui veut bien l'entendre, sa vie, comme on dit. Elle n'a que vingt-cinq ans, mais comme une vie de vieille dame si on l'écoute bien. Elle parle comme ces vieilles dans les bureaux de postes, lasses de la vie, mais bien joyeuses encore, parler de tout et de rien, du chat, du week-end, et de son colocataire. De l'amour. Du sexe. De la tolérance comme personne. Comme si douze mille vies l'avaient forgée, lui avaient fait aimer le genre humain comme personne, comme si rien d'autre n'importait. Un sourire à toute épreuve. Et pourtant, derrière, une sorte de mystère immense. Elle donne des indices parfois, mais nous laisse dans le doute. Des blessures intérieures. Béantes, géantes. Elle n'était pas grosse avant. Juste malade. Sa mère l'aime mal. A coups de tendresse, des gifles d'amour. Toujours ce sourire. Et ses yeux pétillent. Enormes et amoureux. Et dans ses yeux, chaque jour, on comprend. Le monde n'est pas un drame, pas un film tous les jours.



Lui, c'est le petit noir. Mais il est si fin qu'il passe entre les trous, une petite souris noir au regard pervers. Ses yeux font peur, vicieux, ambigus, ses mots, ses gestes. Il n'est pas compris, n'est pas aimé, n'a pas vraiment d'histoire. Pour peu on ne l'aurait pas remarqué. Petite souris je vous avais dit. Sur sa tête, une énorme masse noirâtre et crépue, afro. Et là-dessous toute une culture, des vestiges de milliers de minorités. Un profond respect, bien que mal maitrisé. Ses lunettes cachent ses petits yeux noirs, et ses poches cachent ses mains fines et osseuses, tremblantes toujours. On ne le comprend pas, on rit de lui, et il n'aime pas ça. Parfois il fait semblant de s'énerver. Mais ça fait rire encore. On le connait. Nounours. Pas très doux, pas bien calin non plus. Il ne pense pas vraiment à son avenir, pour lui, ce qui importe, c'est maintenant. Et puis demain... est un autre jour. Il aimerait aimer par dessus tout, et être aimé. Il aime les filles, il aime leurs courbes, il aime les mots doux, les titiller. La chose qu'il aime le plus de ce célibat lourd et pesant, s'amuser de/avec ces filles aux yeux qui pétillent. Il sait qu'elles aiment ça. Il aime savoir et lit beaucoup... les dictionnaires. Les mots l'amusent, l'hypnotisent, l'épuisent. Et doucement il se courbe pour se libérer de leur poids. Il manque de sommeil, cruellement, autant que d'amour. Et certains penseront, à tort ou à raison, que les deux sont liés. On le sent peu apaisé, à la recherche de quelque chose en suspens, toujours, encore, plus chaque jour. Et chaque jour, dans ses yeux éteints, on voudrait crier que le monde n'est pas un film, n'est pas un drame tous les jours.



Elle, c'est la petite mignonne, toute fine, aux cheveux clairs et aux yeux presque transparents. Elle se cache sous des longueurs excessives, des largeurs peu adaptées à son corps de petite fée. Des rondeurs pourtant, une petite fée aux courbes de femme. Ses cheveux sont lisses et bien coiffés, mais dans ses yeux, on la sent un peu égarée, pensive sans doute. Un monde meilleur, un équilibre parfait. L'utopie d'une pensée. Elle se tient, la plupart du temps, accrochée à ce grand brun aux yeux tout aussi clairs que les siens, celui-là dans lequel elle s'est vue, ce -en quelque sorte- miroir d'elle-même, quelques dizaines de centimètres de plus, à tout casser. On sent, bien au fond, une blessure certaine. L'enfance qui l'aurait écorchée. Elle fumait pour le genre, mais il l'a fait arrêter, même si, sur elle, c'était classe, différent, décalé. Sa petite bouche et ses tout petits doigts, une cigarette démesurée. Quand elle parle elle ne réfléchit pas vraiment, sans pour autant dire de bêtises, juste désinvolte et naturelle, parfois même sauvage et impulsive, quand sa petite bouche s'ouvre un peu trop. Elle n'aime pas à moitié, elle aime comme il faut, elle n'aime pas un sexe, elle n'aime pas un corps, elle aime une âme. Toutes ces cases, ça l'énerve, on l'a trop souvent prise pour une petite fille sage, modèle. Elle a voulu plus d'action, elle a voulu l'aventure, elle a tout tenté. Et parfois elle se dit le monde n'est pas un film, n'est pas un drame tous les jours. Pas besoin de fioritures.



Lui, il semble "normal", comme ça, mais au fond on sent bien qu'il cache quelque chose. Un grain de malice dans ses yeux noisettes, un éclair de je-m'en-foutisme dans ses habits trop grands. Un jean qui lui tombe sur les jambes et un tee-shirt délavé, au moins une taille trop grand. Il fait semblant d'être déjà un homme, pour faire oublier, ses quelques années de moins, cette innocence malicieuse. A la dérive, comme s'il se perdait. Mais il maîtrise tout, au fond. Il fait semblant, ça plait aux filles. Les filles, elles l'intéressent, elles le fascinent. Elles et leurs yeux dans le vague, leurs yeux brillants, leurs yeux mouillés parfois. Ca l'amuse, et il les observe. Il touche leurs cheveux longs, et croit qu'elles ne le remarque pas. Tombeur inavoué, il ne sait pas. Visage atypique, un accent étrange. On ne le comprend pas très bien, on ne sait pas vraiment s'il se comprend, et c'est charmant. Certaines s'y égarent parfois, souvent même un peu trop. Perdre le sens des réalités à le regarder. Et au fond savoir que ça n'est pas possible. C'est excitant. Il a cette douceur attirante, et le pouvoir des illusions. C'est peut être ce prénom, ou ce nom. Comme s'il avait le pouvoir d'être aussi proche des filles, naturellement. Comme si lui, avait compris que le monde n'est pas un film, n'est pas un drame tous les jours.

 
Samedi 8 Mars 2008 à 00:46



Sur un air de Cet air là, quelques paroles poétiques, posées maladroitement sur un écran, Aragon en chef d'orchestre, Elsa admiratrice toute proche de moi. Prévert n'est pas bien loin, le cancre toujours au coin, et mon coeur en ballade aux recoins de la pièce, gonflé d'émerveillement, plein d'une nourriture bien plus réelle. La perfection d'un moment. Folle d'Elsa, émue devant le cancre, quelques mots qui me poussent à l'orgasme visuel, sexe tantrique en solitaire. Avec ces mots, cette encre irréelle, qui me parle plus que n'importe quelle corde vocale l'aurait fait.Derrière sa pureté angélique et la douceur de ses cheveux blonds, un démon de provocation. De beaux yeux clairs, quelques notes, du sang. Déflorée, défigurée. Une douceur décharnée en noir et blanc. Je m'immerge. Noir et blanc. Je coule. Océan de tortures, souffrances intérieures, rejaillissent, détachées d'un caillot rougeâtre, mon coeur implose, explose, il y a du sang sur les murs. Elsa pleure. Le cancre s'est couché. Ses yeux bleus se sont fermés doucement. Incapables de soutenir la douleur. Un cri amer, strident en fond désormais, comme un hurlement à la mort, peut-être mon coeur en ballade qui ne se tait plus, ses petits bouts crient, à tout prix, dénoncent la perte d'une adolescence, l'ennui, le refus et l'abnégation. Autoportrait au radiateur, petits bouts de moi, les meilleurs. Une toux, mes poumons se contractent, un étau se resserre sur les côtés de ma tête, m'enserrent. Comme ses bras, il n'y a pas si longtemps, une courte éternité sous ces draps. Ses yeux bleus se sont fermés. Incapables de soutenir la douleur. Et mes doigts ont raccourci, redevenir une enfant, succomber aux cris du père, oublier les humiliations de la mère. Des mots vulgaires me viennent en bouche. Les rejeter. Préserver ma douceur de petite femme à la peau trop claire et aux bras meurtris de blessures intérieures. Entre ses bras. Sous ses mots, comme subjuguée, comme ôtée d'un kyste douloureux dans ma poitrine, mon coeur ne bat plus aussi fort, ne me fait plus aussi mal. Une petite tumeur reste dans mon estomac, petite rumeur qui se balance, trottine, et me donne le vertige. Une envie de vomir, et de tout déchirer. Mais ses yeux bleus se ferment encore, et les miens s'ouvrent pour ne plus se mouiller. Mon coeur est serré. Elsa se réveille. Aragon s'endort, reposé.