Des blessures d'une mère, des blessures d'un père.
Est ce que l'amour peut vraiment survivre aux violences, aux douleurs d'une vie? Peut-il bien que véritable, bien que profond ne pas s'écailler au fil des années, ne pas se transformer en une haine aussi profonde que l'était l'amour au début? Peut-on éviter ces coups, ces coups d'amour qui nous plongent à terre, qui nous retournent au dedans, nous les enfants, eux les parents. Puisse la violence être témoignage d'un amour si parfait qu'on ne peut s'en défaire, qu'on ne peut se résoudre à l'idée que tout n'est pas si... parfait. Puisse le départ de l'un exprimer la détresse de l'autre, aussi bien que sa propre détresse. Puissent les tourtereaux déplumés comprendre pourquoi. Puissent les enfants s'écarter de tout cela. Quand les parents pourront admettre que des enfants ont l'esprit encore trop léger, pour se faire écraser bien à terre, petites crèpes aux yeux effarés, devant la folie d'un amour décapé. Et les parents, blasés de toute cette violence, s'asseoient à terre, des animaux écorchés. Une impression de douleur si intense qu'il est impossible de ne pas la partager. Avec ceux que l'on aime, malheureusement. Mieux vaut violence que s'en aller. Manque de raison. Absurde, mais le pouvoir des souffrances se montre alors. La peau est distendue, poids de ces souffrances, quelques kilos sur la balance. Des écorchures, quelques hématomes, et on fait comme si, la vie continue après tout. Et pourtant à l'intérieur, dans mes tripes d'enfant, c'est une boule de nerfs, énorme qui s'accroche aux parois, et me déchire le coeur, chaque battement, comme deux parties de soi, les deux moitiés, qui se séparent. Mes jambes flageolent, je tremble, de part en part, de haut en bas. La folie. La violence. Pourrais-je être la cible de tout cela, dans 20 ans, usée et fatiguée? Est ce que mes poings se serreraient contre celui à qui j'aurais dit oui, vingt ans en arrière, pourrais-je oublier que je serais morte pour lui, et que c'est bien assez pour l'aimer toute une vie. Pourrais-je moi aussi rester terrorisée en entendant certains bruits, douloureux. Le grondement d'un enfin motorisé, des pas sur un escalier, une grille qui tremble, et une porte qui claque. Le bruit de la peur. Chaque jour, encore et encore. Quelle solution? Quels problèmes? Comment se résoudre à la violence de parents fatigués? Des cheveux effarouchés par une main qui tremble, qui se crispe, une lèvre violacée, des doigts ensanglantés. Comment savoir si l'on s'aime toujours? Lorsque l'on est capable de faire cela. Si l'on pourra s'en remettre un jour, redevenir tout à fait normal. Et comment savoir si nous, enfants, serons un jour capables d'aimer normalement, d'aimer sans violence, d'aimer sans peur, sans soumission? Comment déterminer les conséquences sur des coeurs déchirés? Comment savoir si mon dos s'en remettra? Si mes épaules se relèveront un jour. Si je pourrais m'arrêter de trembler lorsqu'un poing se lèvera, même pour rien? Si les blessures de ce père et de cette mère se refermeront un jour? Serais-je capable d'aimer sans concession, sans -même un peu- me protéger.
Comment se reflètent les blessures de parents sur des enfants tout aussi blessés.