
Recroquevillée, la petite femme reprend goût aux mots. Lorsque la racine même de tout vous met à terre, elle se doit de trouver de nouveaux repères, un nouveau petit univers. Pas de larme, cette fois, l'eau est bien centrée à l'intérieur, ne s'en ira pas. Une rage énorme qui se cache derrière un sourire trop faux, et des membres fragiles qui trébuchent encore, des cicatrices, une brèche. On se sent un peu comme dans un océan par ici. Un silence, et de l'eau partout, comme une liberté, et le sentiment de s'étouffer à la fois, pas de branchies, pas remonter à la surface. Au-dehors, la vie se trouve un peu trop réelle. Il y a des gens qui chantent la vie autant que des gens qui chantent la mort. Et entre les deux, c'est le vide total. Ils font comme si, les autres, comme si tout ça n'existait pas. Comme si le bonheur tapait à la porte de chacun, comme si la souffrance, ça n'était que pour les très grandes personnes. Comme si les enfants vivaient dans le bonheur, et que tout ça n'était pas révoltant. Mais elle, elle, elle aurait envie de tout casser, elle voudrait renverser le monde, écrire une lettre au président, lui expliquer certaines choses, lui expliquer ce que c'est de souffrir, ce que c'est que d'être à terre, d'être nu. Elle voudrait casser ces écoles, abattre ces principes, comme quoi le bonheur, comme quoi la réussite se trouve dans l'intelligence et la culture, dans des bonnes notes. Dans le silence et l'application. Commes si les gosses n'avaient pas le droit de ne pas vouloir de ça, de n'être juste pas faits pour ça, ou encore d'avoir besoin de temps.
Et puis non, aujourd'hui ça se passe juste comme ça, et on se retrouve à terre juste comme ça, pour deux trois mots en l'air, avec un sens qui se retrouvent projetés et battus, derrière l'ombre d'une petite fille effrayée par son père, haineuse, à l'aube de sa vie. La peur d'une main qui se lève, la peur que les plus jeunes en patissent, mais malgré tout, cette notion de force. Je vais me battre contre ses poings, je veux me battre avec mes armes. J'écris et je parle en silence. J'impose mon droit de silence.
L'inspiration revient avec la douleur des blessures rafraichies. Alors que le sang coule, les mots s'échappent, mais plus aussi brutaux.







