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Mercredi 21 Novembre 2007 à 21:29


Recroquevillée, la petite femme reprend goût aux mots. Lorsque la racine même de tout vous met à terre, elle se doit de trouver de nouveaux repères, un nouveau petit univers. Pas de larme, cette fois, l'eau est bien centrée à l'intérieur, ne s'en ira pas. Une rage énorme qui se cache derrière un sourire trop faux, et des membres fragiles qui trébuchent encore, des cicatrices, une brèche. On se sent un peu comme dans un océan par ici. Un silence, et de l'eau partout, comme une liberté, et le sentiment de s'étouffer à la fois, pas de branchies, pas remonter à la surface. Au-dehors, la vie se trouve un peu trop réelle. Il y a des gens qui chantent la vie autant que des gens qui chantent la mort. Et entre les deux, c'est le vide total. Ils font comme si, les autres, comme si tout ça n'existait pas. Comme si le bonheur tapait à la porte de chacun, comme si la souffrance, ça n'était que pour les très grandes personnes. Comme si les enfants vivaient dans le bonheur, et que tout ça n'était pas révoltant. Mais elle, elle, elle aurait envie de tout casser, elle voudrait renverser le monde, écrire une lettre au président, lui expliquer certaines choses, lui expliquer ce que c'est de souffrir, ce que c'est que d'être à terre, d'être nu. Elle voudrait casser ces écoles, abattre ces principes, comme quoi le bonheur, comme quoi la réussite se trouve dans l'intelligence et la culture, dans des bonnes notes. Dans le silence et l'application. Commes si les gosses n'avaient pas le droit de ne pas vouloir de ça, de n'être juste pas faits pour ça, ou encore d'avoir besoin de temps.


Et puis non, aujourd'hui ça se passe juste comme ça, et on se retrouve à terre juste comme ça, pour deux trois mots en l'air, avec un sens qui se retrouvent projetés et battus, derrière l'ombre d'une petite fille effrayée par son père, haineuse, à l'aube de sa vie. La peur d'une main qui se lève, la peur que les plus jeunes en patissent, mais malgré tout, cette notion de force. Je vais me battre contre ses poings, je veux me battre avec mes armes. J'écris et je parle en silence. J'impose mon droit de silence.


L'inspiration revient avec la douleur des blessures rafraichies. Alors que le sang coule, les mots s'échappent, mais plus aussi brutaux.

 
Lundi 19 Novembre 2007 à 21:53


Une goutte. Une larme sur sa joue. Rose rosée du soir. C'est toute l'eau qu'elle engouffre qui s'en va doucement, alors que le soir se lève, que le ciel est encore rosé. C'est comme une prison autour, qui n'est même pas dorée, c'est une prison d'acier. Capturée, ligotée, larmoyante, et la tension aqueuse l'entoure, et l'empêcherait même de se calmer. Ce sont ses mots à lui, le dictateur, celui qui tient la laisse, qui porte la clé. Cette absence de compréhension, ces mots sans sens aucun qui la font chavirer, aujourd'hui comme demain. Comme une envie, un besoin grandissant de s'échapper, de s'écouter. Pour ne pas juste se taire, en signe de protestation, juste pour l'énerver. Mes mots perdent de tout leur charme, alors que mes larmes coulent encore, alors que mes doigts courent, alors qu'à l'intérieur, tout s'entrechoque, migraine atroce. L'anglais qui prend pleine part dans mon esprit et me détourne du beau français aux sonorités douces et poétiques. Chaos inside. Chaos de belles sonorités et de jolis mots, différents, identiques, après tout. Ma langue ne claque plus contre mon palais tandis que j'avalerais ma salive. Je suis juste démembrée, dans tous les sens, mon corps se perd, se déforme, et se transforme. Bout d'élastique, modulable. Ma liberté de penser. La paix par la parole. Délier ce noeud qui m'empêche d'écrire encore, comme si mon lyrisme exacerbé de l'adolescence s'en était allé sans bruit, sans trop de déchirures. Je suis juste fade désormais. Je ne suis plus celle qui écrit. Je dessine, médiocre, mes mauvaises pensées, mes idées bougeonnes alors qu'écrire me fait pleurer. Et ma peau sèche souffre, sous le poids de paupières rougies, et lourdes, dans le noir de cette chambre trop grande et trop belle pour une petite femme sans doute trop gâtée. Pas autant que l'on pourrait le croire. Le trop nuit au bien. Le matériel ne m'ajoute rien. Un certain confort, un apaisement superficiel, un calme de voir tout ce trop étalé dans les rues, au travers des vitres javellisées. Et face à ce trop parfait dans cette chambre ange et sang, l'envie de tout détruire, de s'en aller. Délire psychotique, une névrose d'enfance, le tout ou le rien. L'envie d'indépendance, tout sauf unique. De pouvoir vivre sans sentir cette boule au ventre, sans savoir cette angoisse, cette tension, pression. La cage même pas dorée. L'oiseau aux ailes scotchées. Une vie microsoftisée. Du blanc sur du blanc, ça ne se voit même pas, une petite police non plus, et mon corps minuscule ça se cache plutôt bien. L'envie d'une autre vie, un mal incolore à effacer, se cacher sous les jupes du père n'arrange rien à rien.