

C'est tous les jours depuis dix-neuf ans. C'est une torture, mais je ne dis rien, pas convenable, rien convenu. L'homme à côté me sa main sur mon épaule et c'est mon coeur qui se flageole, qui se fracasse contre mes côtes et c'est un bruit un bruit à l'intérieur, si vous saviez. C'est un cri de douleur aigu, perçant, comme mes tripes qui hurleraient pour moi toute la douleur que je ressens. Et sur ce, il se tourne de son côté et à mes côtés plus rien. Sur mes côtes seulement le sang, les restes d'une blessure déjà presque effacée. C'est la dictature du faire semblant car je suis une femme car je dois être belle et car je dois me taire, faire des enfants, pleurer dans les coins, accoucher dans les rues, et faire encore semblant de sourire aux passants. S'ils savent ce que je me fous de leurs regards critiques sur ma jupe trop courte et mes cuisses salies sous des collants troués parfois. Souvent, ils pensent m'envier, lorsque la peine est trop lourde, mais il est encore pire de ne pas avoir de sentiments. Mes glandes lacrymales sont bloquées, cela fait dix-neuf ans, que mes yeux ne sont plus rouges, et que mon corps ne s'est plus recroquevillé au coin du placard du fond. Il faut bien survivre. C'est la solitude, j'avais rien demandé.
Je voudrais passer une annonce, mon âme est à louer. Je suis une prostituée, une commerciale, je vends mon âme pour trois sous. Elle m'encombre un peu. Elle saigne trop souvent, enfermée dans ce corps bouillant, dans ce corps fêlé. Elle explose parfois, à coup de couteau dans le coeur, elle envoie tout en l'air, elle s'envoie en l'air. Elle me donne du fil à retordre, elle m'enfile, elle me coupe de l'intérieur, et lorsque je vends mon corps, elle hurle à la mort, elle me ramène à la vie, et m'enferme dans la folie. Ces hommes autour de moi, dans moi parfois, l'entendent bien, je les vois, avec leurs airs ahuris, derrière leurs yeux apeurés.
Bon ça m'plait pas, c'est qu'un brouillon, mais je le laisse là, c'est mieux que rien, en attendant. . . Une petite flamme.







