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Mardi 8 Mai 2007 à 23:19


J'ai une lumière dans les yeux. Ce sont toutes ces femmes, tous ces bouts de fleurs qui sont tombées sur moi, qui y ont laissé un peu de leur rosée. Une goutte, sur ma paupière, une goutte, rose et fragile qui se fraye un chemin jusqu'à ma pupille, et ça flamboie, ça m'éblouit. Je me rassure à penser que c'est parce que ça m'éblouit que je leur fais tout ça; en somme, que c'est un peu de leur faute aussi. Je n'y peux rien, moi, si j'aime leurs corps plus que j'aime ma vie, si je les aime toutes en une seule entité. La perfection. Le satin de leur peau, les doigts dans leurs cheveux, ces petits doigts tous fins, et ce parfum... C'est sucré, c'est sensuel, et souvent je voudrais avaler chaque perle de leur peau, avaler chaque goutte de ce parfum, elles me tuent, je les tue, c'est un peu tout ça à la fois. Alors je leur fais l'amour, à toutes celles-là, je fais l'amour à leurs longs cheveux doux, et leurs yeux amoureux, leur regard langoureux, leurs mimiques sensuelles, tactique sexuelle. Elles pensent qu'elles sont mystérieuses, je sais qu'elles sont amoureuses. Elles aiment le toucher, le contact, elles aiment sentir frémir leur peau contre celle plus forte, d'un homme. Je serai celui-là. Je suis Adam, je suis le tout premier, celui à qui on a débandé les yeux pour apercevoir enfin la beauté, la douceur des courbes d'une femme, des boucles blondes à leurs hanches sculptées, c'est de l'or en fait. Je suis celui-là qui leur a succombé, succombé à leur désir, j'ai mangé la pomme, et je n'en suis même pas désolé, et j'ai recommencé, j'ai mangé toutes les pommes qu'elles ont bien voulu me proposer. Certaines me trouvent charmant, et d'autres différent, et je sais que cela fait ma force, je ne suis pas comme les autres. C'est cette lumière dans mes yeux. Je les choisis, autant qu'elles me choisissent, c'est par leur choix que je fais le mien, c'est par mon choix qu'elles font le leur. Cela en sera une qui mordillera sa paille, l'air songeur, ou une encore qui aura le coeur déchiré, assise sur le sol, qui n'attendra plus rien, mais splendide dans un rayon de soleil qui l'aura éclairée. Ma seule exigence: il faut que sa peau soit douce. On m'appelle homme à femmes souvent, et j'aimerai mourir comme ça souvent, étendu dans leurs bras, mes yeux dans les leurs, une goutte qui tombe sur ma paupière, et c'est une lueur de plus qui s'engouffre, pour une qui s'en va. Mon âme partirait bien entourée.

 
Lundi 7 Mai 2007 à 23:37


Plus tard je serai laveuse de chaos. Je remplirai les blancs des dialogues de sourd, et je nettoierai doucement les mots sales des amoureux confus. Je rangerai en silence dans l'ordre chaotique les absences, les douleurs et les maladies chroniques. J'enverrai valser les danseurs trop lunatiques, je rincerai sans bruit tes ardeurs fanatiques. Je ne serai plus cette petite fille tranquille, je serai enragée, je deviens chaotique. Je fermerai à clé les asiles, et romprai le doux équilibre des hôpitaux psychiatriques. Sans doute on m'enfermera dans une cage pâlotte, que je ne sache plus qui je suis, qui je veux. Camisole attachée, donnez moi mes cachets, anesthésie, le Valium prolifère dans mon corps de vipère, lourde et lâche je transpire, il faudrait que je me tire, que j'invente un sens à toute cette monotonie mensongère, attachez moi sur mon lit, arrachez moi la langue, sauvez moi de ma vie. Mes neurones me trompent me renvoient une image, de femme corrompue, de petite fille trop sage. Les connexions lâchent, une dernière fois. Devant derrière moi seulement l'alliage d'un noir et d'un blanc trop purs, trop rangés (le trop est toujours mauvais), mon avenir me rattrape au galop tandis que les images se fondent sur petit, grand écran, mes pupilles grandes ouvertes sur cette réalité, mais fermez moi les yeux mon dieu. La folie se prosterne devant moi, et je l'embrasse, je l'avale, je la prends pour tout ce qu'elle est, pour tout ce qu'elle fait de moi, autant que je la hais, elle fait partie de moi, elle est mienne, elle est ma (aima) voix, mon cœur et mes névroses. Tandis qu'elle s'étendra, je m'éteindrai sans bruit, et finirai fanée, sur le parvis de ma vie.

 
Samedi 5 Mai 2007 à 22:42


Elle a le regard vide à travers ses yeux clos. Elle fixe le chaos. Son angoisse est palpable à chacun de ses mots, et ses gestes sont lents, elle est atteinte d'une rare tendresse qui ne touche que les enfants. Derrière ses boucles blondes un visage pâle, un visage d'ange. Sa bouche est bien rose et ses yeux bien trop bleus. Quand elle ferme ses paupières, toute la lumière du monde s'échappe avec elle. C'est ce regard lourd, ces sensations intenses, cette vie au pluriel. Conjugue-moi au présent. C'est ici et maintenant. En plein milieu du front c'est le chaos que tu vois. L'obscurité dans mes yeux c'est cette noirceur au fond de l'âme, c'est la tendance qui m'a enlacé, embrassé. Le noir m'a emporté. La décadence s'est frottée à mon corps. Elle l'a défloré. C'est cette putain qui a éraflé mes os, frappé mes creux et mes bosses, travaillé au fer la douceur de ma peau, et elle s'est tendue ma belle, que voulais-tu? La décadence m'aura violé. Et aujourd'hui je ne sais plus bien si je ne suis pas moi-même une putain. Est-ce qu'on ne le devient pas à regarder les heures, à regarder les coeurs, à penser à ces mains, jeux interdits, je te le dis, elle m'a eue, elle m'a conviée, je l'ai rejointe, elle m'a violée, je suis une putain. Mes cheveux ont rougi de la chaleur du diable, et je montre mon corps, je me veux désirable. Je scrute les corps, masculins, féminins, peu importe, à l'intérieur je suis pourrie, gangrénée. A rien ne sert de réfléchir lorsque l'on n'a plus rien à perdre. Quelle dignité, lorsque mon corps s'est retrouvé emprisonné, puis détaché de mon ame. Un fruit pourri écrasé sur le sol qui répand autour de lui sueur et odeur, sans aucun complexe, sans retenue. Tu me vois nue, même habillée. Un morceau de tissu ne peut pas couvrir un coeur déchiré. Alors oui je suis une putain et dans la rue, les gens se retournent sur mon cul, sur ma silhouette fine, sur mes bosses et mes creux. Et oui je m'en contrebalance. Alors je les provoque. Toujours et encore un peu plus. Les limites n'existent plus. Ne me regarde pas comme ça, tu sais bien que ça n'est pas moi, pas moi qui parle, qui mate ou qui baise. Mon âme est ailleurs, bien loin d'ici, entre les bras de la Décadence, en train de pleurer. Pourquoi me laisses-tu faire, mon ange? Tu ne me protèges plus je te fais honte je te dégoute, ouvre ta bouche rosée et parle moi, explique moi pourquoi je suis une putain, pourquoi tu es un ange, pourquoi je suis si torturée, et toi si paisible.