
J'ai une lumière dans les yeux. Ce sont toutes ces femmes, tous ces bouts de fleurs qui sont tombées sur moi, qui y ont laissé un peu de leur rosée. Une goutte, sur ma paupière, une goutte, rose et fragile qui se fraye un chemin jusqu'à ma pupille, et ça flamboie, ça m'éblouit. Je me rassure à penser que c'est parce que ça m'éblouit que je leur fais tout ça; en somme, que c'est un peu de leur faute aussi. Je n'y peux rien, moi, si j'aime leurs corps plus que j'aime ma vie, si je les aime toutes en une seule entité. La perfection. Le satin de leur peau, les doigts dans leurs cheveux, ces petits doigts tous fins, et ce parfum... C'est sucré, c'est sensuel, et souvent je voudrais avaler chaque perle de leur peau, avaler chaque goutte de ce parfum, elles me tuent, je les tue, c'est un peu tout ça à la fois. Alors je leur fais l'amour, à toutes celles-là, je fais l'amour à leurs longs cheveux doux, et leurs yeux amoureux, leur regard langoureux, leurs mimiques sensuelles, tactique sexuelle. Elles pensent qu'elles sont mystérieuses, je sais qu'elles sont amoureuses. Elles aiment le toucher, le contact, elles aiment sentir frémir leur peau contre celle plus forte, d'un homme. Je serai celui-là. Je suis Adam, je suis le tout premier, celui à qui on a débandé les yeux pour apercevoir enfin la beauté, la douceur des courbes d'une femme, des boucles blondes à leurs hanches sculptées, c'est de l'or en fait. Je suis celui-là qui leur a succombé, succombé à leur désir, j'ai mangé la pomme, et je n'en suis même pas désolé, et j'ai recommencé, j'ai mangé toutes les pommes qu'elles ont bien voulu me proposer. Certaines me trouvent charmant, et d'autres différent, et je sais que cela fait ma force, je ne suis pas comme les autres. C'est cette lumière dans mes yeux. Je les choisis, autant qu'elles me choisissent, c'est par leur choix que je fais le mien, c'est par mon choix qu'elles font le leur. Cela en sera une qui mordillera sa paille, l'air songeur, ou une encore qui aura le coeur déchiré, assise sur le sol, qui n'attendra plus rien, mais splendide dans un rayon de soleil qui l'aura éclairée. Ma seule exigence: il faut que sa peau soit douce. On m'appelle homme à femmes souvent, et j'aimerai mourir comme ça souvent, étendu dans leurs bras, mes yeux dans les leurs, une goutte qui tombe sur ma paupière, et c'est une lueur de plus qui s'engouffre, pour une qui s'en va. Mon âme partirait bien entourée.








