
Chaque matin. Comme si la lumière de ce bleu trop profond lui redonnait une raison. Comme si cette lumière se retrouvait enfin dans les yeux de tous ces gens. Comme si elle les réunissait tous les matins. Elle, elle pense que c'est ça l'océan. On lui a rabâché que ça n'était qu'une mer, mais elle pense tout au fond que cette lumière n'a rien avoir avec des parents. C'est une nouvelle vie, une découverte à chaque fois l'immensité d'un bleu, la force d'un courant, ça devrait être ça la vraie définition de l'océan. C'est son coeur qui se soulève, et tous ses vaisseaux comme un seul homme, la palpitation face à la grandeur de l'inconnu. C'est tout cela qui les rassemble chaque jour, chaque matin, c'est ce même regard qui se tourne vers lui, elle, l'océan, la lumière, et tous ces coeurs qui s'éclairent dans un même soupir d'émerveillement. L'océan c'est cette retrouvaille des souvenirs du passé, du futur, c'est un méli-mélo de belles images, sans aucun sens parfois, sans autre sens que de donner un espoir au prochain. C'est ce regard de furie qui se transforme, ces sourires se lisent dans ses yeux. Les rancoeurs s'efforcent: l'océan. Il la retourne dans tous les sens, elle se pose, mais au fond, c'est tout son corps qui tremble de ne pas pouvoir exploser vraiment. Elle voudrait plonger souvent, s'enfoncer dans la profondeur de ces abîmes qui la narguent, qui l'appellent sans arrêt, elle le ressent, c'est un chuchotement dans son oreille, un chatouillis sur son nombril, la vie s'arrête. Le temps n'existe plus. Seule persiste la douleur de ne pas pouvoir traverser cette vitre et rejoindre un instant cet ami_ennemi aux yeux si doux, si bleus. Sa voix se fait tendre, dans le mouvement des vagues, dans l'écume, dans les habitants nonchalants de l'océan. Les mots l'abandonnent, elle veut passer à l'action. Chaque matin, oublier la vie, oublier la mort et les ennuis l'argent et ses obsessions, oublier les fracas de la vie, et son coeur brisé, déchiré, en mille morceaux et plonger. Au fond c'est tellement plus clair. Tout semble tellement plus simple. L'évasion. Me retrouver devant l'étendue de toutes les possibilités. L'océan. Ce nouveau monde, ce nouveau moi, et tout s'en va. Devenir une petite perle, une perle de pluie et m'estomper, me réincarner en flocon de neige. Plus de corps trop lourd, difforme, plus de regards furieux. La perle de pluie ne connait que le choc de tomber sur le sol, ou la joie de se retrouver sur une lèvre, dans une commissure, sur une paupière. Elle veut dépasser cette vitre, alors que son corps se transforme déjà, son sang se fluidifie, son coeur ralentit. Ses yeux se ferment et ses cheveux tombent. C'est l'océan tout entier qui la rappelle à la raison, qui la rappelle au véritable univers. C'est lui encore qui se proclame maître.






