La femme -petit bout de- se trouve ici, et semble s'y être rendue un peu par hasard, posée sur un coin de chaise, les yeux bleus, durs et froids, perdus dans le néant. Perdus dans le blanc du chaos qui l'entoure, perdus dans cette masse. Elle fait tâche. Une tâche colorée, une perle dans la nuée. Ses boucles coulent et se perdent, cachent ses yeux, ces longues mèches dorées filent et défilent le cours des pensées. Tous autour se retrouvent ainsi pendus à ses lèvres. Tous autour ainsi attendent le bout de ses mots, la fin de ses phrases enfin. Elle respire la volupté, et la rondeur de ses mots aspire la finesse de ses traits, ses mots boivent l'ambiance vidée de la salle autour, les autres visages mornes, figés. Une journée de septembre, morne. Et la somptuosité de ses lèvres douces, roses, charnues, ces grains de beauté qui la dévorent, qui savourent ses joues rosées par l'air frais de cette matinée. Petit bout de est tellement . . . elle. Sous le bout de son nez elle réfugie mille secrets, elle ne dévoile rien, Petit bout de. Elle a placé, entre elle et le monde entier, cette barrière imaginaire qui les empêche de l'approcher, d'oser poser leurs doigts sur la peau douce de sa nuque, prétendre au goût d'un de ses baisers. Peur de la blesser par un toucher, une caresse, une main impure, peur de la détruire un peu, de ne plus entrevoir encore cette couleur, cette chaleur sucrée qu'elle dégage. Alors on l'admire seulement. Jusqu'à son nom qui sonne léger de sa bouche, qui sonne étranger. Elle le décompose un peu, comme un ange, elle les toise un peu, mais pourtant c'est évident. Il suffit de … Il suffit de m'aimer pour comprendre un peu, pour tenter de me parler. Et vous n'êtes que… fascinés. Vous m'idolâtrez, je vois bien vos grands yeux ébahis, bleus, verts ou marrons, vous ne savez vraiment pas quoi faire. Et je reste seule ici, dans ma si belle somptuosité, dans ma seule solitude.

Vous ne me voyez pas en fait.








