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Mercredi 24 Mai 2006 à 23:44



Je m'emmêle. Je voudrais m'emmêler. Je m'emmêle donc. Je m'immole. Ton sérum me rend folle, doux parfum sucré, acide, piquant, tu es mon tout à la fois, le trop plein qui me remplit, qui m'étire et m'extirpe de cette bulle trop épaisse, trop épaisse pour pouvoir la briser, ou bien rouler. Je me posai donc au fond, découragée, exténuée, assise collée à la paroi de cette bulle vitrée, et là tu vins, et traversas, magicien, la bulle fine à présent. Tu posas ainsi tes mains sur moi, et tu vins me parler. J'eus ce réflexe d'oser la douceur face à notre absence de mots, face à ces moments où l'on ne sait plus vraiment quoi dire. Poser simplement ma joue sur la tienne. Contre ma fatigue, mon remède. Toi. Simplement, celui qui ose, qui ose tourner la tête, poser tes lèvres sur les miennes. Le beau n'est pas un caractère du vrai. Cette phrase qui revient sans cesse dans ma tête mais qui n'a aucun sens. Nous est beau. Nous est vrai, parce que nous est trop beau pour être faux. Nous c'est donc deux joues qui se rencontrent, et ta main comme pour me rassurer, qui caresse mon dos, et la certitude à ce moment-là dans mon esprit que c'est fini, la boucle est bouclée, la tendresse est passée, j'ai réussi à provoquer en toi cette caresse dans le dos, ce frisson, et c'est la meilleure façon que cela se finisse. En fait, ce n'est que le début. Ce n'est que le premier coup de tendresse avant l'amour. Exténuée, ce n'est plus rien, dans tes bras, c'est juste moi. Et les qualificatifs on s'en fout. Ca passera après.



Juste je t'aime.

 
Jeudi 18 Mai 2006 à 20:11



Toi et moi. Ca fesait bien longtemps que je ne nous avais plus posés. Essouflés, l'un contre l'autre je prends ta main, je prends ton corps, c'est toi et moi sans un mot de plus, sans un mot de trop. C'est toi et moi embrassés sous la chaleur de l'eau, enlacés,je t'aime. C'est moi qui ai mes yeux posés sur toi, toi qui me serres entre tes bras. Toi et moi, tout simplement.



C'est étrange comme parfois on n'arrive pas à poser les mots, ou bien même à les trouver, et on se trouve des excuses pour se rassurer.



Lui, c'est le souffle sur mon épaule, et c'est sa peau douce contre la mienne, lui et moi, c'est plus qu'un mot, plus qu'un texte, qu'un langage, et beaucoup moins que ça à la fois. Lui et moi c'est 191 jours, et autant de jours que je repose sur ton épaule, sans barrières ni armures. A rien ne sert que de se couvrir pour ne pas souffrir. A rien ne sert de trop se protéger pour ne pas vivre, quand ce qu'on vit est bien au-delà de tout ce qu'on avait pu espérer. 191 jours, ça parait si peu, si longtemps à la fois, je ne sais pas vraiment. J'ai peur de poser les mots, et de décevoir. Peur de ne plus évoluer, d'en arriver à ce moment où je suis au sommet, et la passion file, s'enfuie sans dire mot, sans même prévenir. Et tout de suite, dans ses bras, retrouver la confiance perdue, appréhender l'univers d'une nouvelle manière. Une émulation permanente entre deux corps, deux coeurs. Une émulation as-deux-coeurs. Ma stimulation au parfum doux et piquant à la fois, ce parfum qui me pique le nez, ces effluves qui remontent jusqu'à moi, et ta main, ton bras, ton corps posé sur moi, tout près, tes doigts, ta main, ton bras.



A rien ne sert de parler quand les choses ne se disent pas, ne peuvent pas s'expliquer. On dira c'est artistique, je dirai c'est une excuse je ne sais plus quoi dire je suis perdue, vidée de mes mots. Je l'aime un point c'est tout. Je l'aime dans ses bras, sur ses lèvres, dans ses yeux, sur son corps. Il y a des choses comme ça, des gens qui vous prennent par la main, qui posent leur joue sur la votre, et vous embrassent, et qui vous laissent bouche bée pendant six mois  et dix jours. J'appelle ça le bonheur, d'autres l'appeleront la cécité, et puis de toute façon, je n'aspire pas à plaire à tous.



Je n'aspire qu'à inspirer sans paresse son parfum, et caresser son dos, m'accrocher à ses bras. Lui sussurer que je l'aime lorsqu'il faudrait, lorsqu'on ne le dit pas. Je n'aspire qu'à suivre ce qu'on ne me dit pas.

 
Vendredi 5 Mai 2006 à 22:12



On pose une lettre au hasard, sur un chemin, entre deux orchidées. Cette lettre c'est le secret, et bien plus tard on l'apprendra. Au début de tout donc se trouve le secret. Un rien, et on trouvera ça même affreusement ridicule en le rédécouvrant, ôtant les mauvaises herbes qui s'y enlisent jour après jour. On n'ose pas retourner le chercher au tout début, on veut atteindre le bout du chemin, tout voir et tout connaître avant de faire demi-tour. Si le chemin était barré, on aurait tout raté. Sur le chemin, tu suis du regard ton ombre, et la courbe de ta marche dessinée sur le sol, mais tu ne jetteras aucun regard en arrière sur les traces dans le sable qui s'écroule sous ton poids. Derrière on ne sait pas, peut-être le vide, et c'est encore ça qui t'angoisserait le plus. Te rendre compte que derrière toi tout s'est effacé, et qu'à chacun de tes pas tu effaces ton dernier. Tu effaces le chemin derrière toi, ou bien derrière toi peut-être le chemin qui s'enlise, les mauvaises herbes qui grimpent, et te rendre compte ainsi que dès que tu pars, tout recommence. Tu as eu beau t'occuper de ce jardin le temps que tu y étais, dès que tu t'en es éloignée il s'enlise, et toi tu fuis, tu fuis le vide et le passé. Et tu continues, tu regardes en l'air de temps en temps, tu te dis que tout est pur là-haut et que tu n'es pas perdu, tu reconnais les nuages, et le parfum des feuilles te semble familier. Et soudain, il y a un moment, le moment où tu vois. Enfin tu détournes ton regard du chemin et tu comprends qu'en face de toi c'est un carrefour. Là tu dois choisir. Suivre ton chemin ou tenter, risquer. Choisir c'est abandonner, et ainsi le choix se révèle impossible. Tourner ou continuer. Changer ou bien rester. Peser le pour et le contre pour un simple chemin. On ne peut pas faire demi-tour, pas tourner puis revenir. On ne revient pas en arrière sur ce chemin. Tout s'enlise derrière, rappelle-toi. Alors tu prends ton courage à deux mains et tu tournes. Gauche ou droite cela dépend de toi. Tu tournes parce que c'est ça que d'être courageux, c'est risquer de tomber, et pourtant tenter. Pourtant continuer c'était la facilité et l'assurance de connaitre déjà le chemin. Moins de risques, moins d'adrénaline. Rien n'est bon, rien n'est mauvais. Tu as donc tourné, quelques embûches te guettent sur le nouveau chemin, et c'était inévitable. Des obstacles à enjamber parce que tu n'as pas voulu faire comme tout le monde, tu t'es écarté du droit chemin, et changer, c'est risquer. Cependant de ce côté les fleurs sont plus jolies et les fruits pendus aux arbres ont un nouvel éclat. Tu regardais justement l'un d'entre eux. Boum. C'est la rencontre, c'est l'Autre cette fois. Au détour du chemin, tu n'avais pas vu, c'était un autre carrefour, un chemin qui croisait le tien, elle regardait au ciel elle aussi, et vous vous êtes rencontrés. Tu regardes. De bas en haut toujours, parce qu'on protège son visage lors d'un boum. On baisse la tête. Elle de même, et là vos regards se croisent. Vos corps sont toujours tout près l'un de l'autre, et vos visages aussi. Elle c'est l'inattendue, c'est pourtant celle que tu attendais, tu le sens, tu le sais. Elle regardait plus haut elle aussi, plus haut que ses pas, elle rêvait plus haut que ses pas lui permettaient. Toi aussi.



Elle te prend la main sans rien dire et tu la suis toi aussi sans parler. Main dans la main, elle a décidé de risquer à son tour, elle suit ton chemin. Vous êtes désormais sur le même chemin, et il parait plus étroit, plus escarpé. C'est juste parce que tu ne vois plus les choses du même oeil, maintenant que vous êtes deux sur ce chemin. Les fruits aux arbres sont toujours aussi éclatants, et les fleurs peut-être même plus belles. Et ainsi vous flétrissez ensemble, main dans la main toujours, regard droit devant, ou posé vers le ciel. On ne regarde toujours pas en arrière. Devant, un jour apparait une nouvelle fleur, en plein milieu du chemin, et celle-ci c'est la plus belle que vous n'ayez jamais vue , elle est minuscule pourtant, ronde et douce, elle est rose, beige, elle dit beige rosé, tu dis rose, et cependant vous l'aimez tous deux autant. Vous la cueillez donc et faites attention. On vous a dit souvent de ne pas couper la racine, ou la fleur mourrait. Mais cette fois-ci c'est différent. Il faut couper la racine qui la reliait à la chair. Vous coupez donc et la prenez dans vos bras. Et elle se transforme, elle est vôtre, et vous ne la quittez plus des yeux. Vous ne vous lâchez pas pour autant la main, bien au contraire, elle vous rapproche. Elle vous appelle, vous détache et vous attache sans arrêt, crie, et crie des journées durant. Parfois vous regretteriez presque. Presque. Vous savez bien que vous avez bien fait de saisir l'occasion là où elle se présentait. Vous continuez votre chemin, et elle grandit de jour en jour. Et c'est là que nait ton besoin de retrouver la lettre, de retourner au tout début, rapidement, d'arrâcher ces mauvaises herbes d'un coup de poing, et extirper la jolie lettre, la clé de ce jardin enlisé. Elle te suit, comprend tes besoins, et et derrière chacun de tes pas, elle te guide à sa façon, mais ne lâche toujours pas des yeux la petite. Après quelques obstacles, quelques détours, tu retrouves ton chemin, ton commencement. Tu t'accroches à elle, et elle s'accroche à toi de sa seule main libre. Ensemble, vous cherchez et retrouvez la lettre. La lettre c'était le secret. C'était le cercle, le début, et la fin de tout. L'ensemble et la raison. La raison du Tout et du Rien.







La lettre en fait ce n'était que Toi.

 
Jeudi 4 Mai 2006 à 20:34




Je ne suis rien, ô si vous saviez. Aujourd'hui, on me peint tout près d'elle et j'en perds mon sang froid. Si vous saviez. J'ai vu cet homme puiser dans les légendes notre caractère sacré, la couleur brunâtre de ma peau, et cet œil vide qui s'agite sur mon front malheureux de n'être rien à ses yeux. Le peintre posait déjà son regard clair vers la toile blanche, nous imaginait, elle et moi côte à côte, et déjà mon cœur s'affolait, et mes membres tremblaient, presque sans raison, juste sous le prétexte que nous serions ensemble, même seulement sur une toile pour l'éternité, et tous les enfants passeront, devant cette profusion d'amour, et nous verront ensemble à jamais. Je savais déjà que je ne serais presque rien, que l'on me remarquerait à peine, en sous-entendu, une part de nature douce et maladroite qui la regarderait sans cesse, du haut de sa taille de géant. Un géant malheureux qui s'extasierait comme jamais devant sa beauté angélique, presque exceptionnelle, cette splendeur unique que l'on voudrait garder pour soi, pour une éternité. Et le peintre l'avait vu, à travers ses yeux vifs, il voyait que mon œil s'évertuait toujours à revenir vers elle, vers son corps encore fragile et pur de jeune fille, derrière cette douleur que l'on devine dans ses yeux, cette douleur d'une grande dame, pas un chagrin d'adolescente. Je voudrais tellement te décrire -pardonne-moi de te tutoyer-, savoir utiliser les mots justes pour parler de ta stupéfiante candeur. Tout est là, morne et gris, aux couleurs de la nuit déjà tombée tout autour de toi, et tu es le soleil, cette lumière qui demeure, passe le jour, la nuit, toute une vie sans s'amenuire. Ta peau est douce, et derrière mon regard triste, tu verras une prière, celle de poser enfin un baiser dans la paume de ta main, goûter sans y paraître aux plis sucrés, et à tes doigts longs et fins. Le peintre t'a vue comme ça, étrange et belle, dans le flou que forme ton corps éclatant de lumière, je sais reconnaître encore la beauté d'une dame, deviner la chaleur de ses baisers. L'homme appuie doucement son pinceau contre la toile, fait naître les courbures de ton corps, la rondeur de tes seins. Tes bras menus couvrent ce corps, prise de pudeur tu te caches un peu, mais la douleur que tu transportes te révèle bien vite telle que tu es vraiment, sans aucune pudeur, le peintre touche ton corps, le dessine, y entre, et fouille dans les recoins de ton âme, cherche à résoudre le mystère qui flotte autour de toi, dans cette nuit bleutée, posée sur un voile d'or, tu apparais comme évidente au milieu du tableau tandis que le paysage se crée. Tout est vert, bleu, brun, et tu es la perle au centre de cette nature affreuse tout près de toi. Tes longs cheveux frisés n'ont plus d'égale, avec aucune beauté que l'on trouve dans la nature, le courant de l'eau sacrée , les branches d'un saule pleureur, claires et salées. Autrefois, la nature pouvait rivaliser avec la beauté d'une chevelure, mais pas avec la tienne. On dépose au pinceau une couronne de houx sur ta parfaite coiffure, elle éclaire ton visage, le peintre tente tout ce qu'il peut pour mettre en valeur ta beauté. Tu poses innocemment un mouchoir blanc, quelques feuilles au hasard sur le fruit défendu, et tes jambes se perdent dans le prolongement de tes courbes exquises, je sens d'ici ton parfum, un mélange discret de rose et d'orchidée. Et moi, pauvre bête maladroite, le pinceau m'attaque violemment, et appose sur mon corps des traits grossiers, deviné gigantesque, derrière un cœur tendre et amoureux que personne ne prend plus la peine de voir. Le peintre aura fait cet effort, derrière la cruauté de mon regard se cache la tristesse d'un homme rejeté par la dame qu'il aime. Les pinceaux ne prennent pas la peine de s'attarder sur moi ; un nez crochu, pourvu de lèvres monstrueuses, un corps trop grand, et un œil au milieu du front rapidement dessiné. Ils préfèrent passer du temps sur les détails, un peu de lumière, en haut à droite, dans cette nuit sombre, un peu d'espoir sans doute, peut-être qu'un jour ta beauté pourra m'illuminer de plus près. Le peintre espère. Il achève son tableau, ruisselant de sueur, il est épuisé.