
On pose une lettre au hasard, sur un chemin, entre deux orchidées. Cette lettre c'est le secret, et bien plus tard on l'apprendra. Au début de tout donc se trouve le secret. Un rien, et on trouvera ça même affreusement ridicule en le rédécouvrant, ôtant les mauvaises herbes qui s'y enlisent jour après jour. On n'ose pas retourner le chercher au tout début, on veut atteindre le bout du chemin, tout voir et tout connaître avant de faire demi-tour. Si le chemin était barré, on aurait tout raté. Sur le chemin, tu suis du regard ton ombre, et la courbe de ta marche dessinée sur le sol, mais tu ne jetteras aucun regard en arrière sur les traces dans le sable qui s'écroule sous ton poids. Derrière on ne sait pas, peut-être le vide, et c'est encore ça qui t'angoisserait le plus. Te rendre compte que derrière toi tout s'est effacé, et qu'à chacun de tes pas tu effaces ton dernier. Tu effaces le chemin derrière toi, ou bien derrière toi peut-être le chemin qui s'enlise, les mauvaises herbes qui grimpent, et te rendre compte ainsi que dès que tu pars, tout recommence. Tu as eu beau t'occuper de ce jardin le temps que tu y étais, dès que tu t'en es éloignée il s'enlise, et toi tu fuis, tu fuis le vide et le passé. Et tu continues, tu regardes en l'air de temps en temps, tu te dis que tout est pur là-haut et que tu n'es pas perdu, tu reconnais les nuages, et le parfum des feuilles te semble familier. Et soudain, il y a un moment, le moment où tu vois. Enfin tu détournes ton regard du chemin et tu comprends qu'en face de toi c'est un carrefour. Là tu dois choisir. Suivre ton chemin ou tenter, risquer. Choisir c'est abandonner, et ainsi le choix se révèle impossible. Tourner ou continuer. Changer ou bien rester. Peser le pour et le contre pour un simple chemin. On ne peut pas faire demi-tour, pas tourner puis revenir. On ne revient pas en arrière sur ce chemin. Tout s'enlise derrière, rappelle-toi. Alors tu prends ton courage à deux mains et tu tournes. Gauche ou droite cela dépend de toi. Tu tournes parce que c'est ça que d'être courageux, c'est risquer de tomber, et pourtant tenter. Pourtant continuer c'était la facilité et l'assurance de connaitre déjà le chemin. Moins de risques, moins d'adrénaline. Rien n'est bon, rien n'est mauvais. Tu as donc tourné, quelques embûches te guettent sur le nouveau chemin, et c'était inévitable. Des obstacles à enjamber parce que tu n'as pas voulu faire comme tout le monde, tu t'es écarté du droit chemin, et changer, c'est risquer. Cependant de ce côté les fleurs sont plus jolies et les fruits pendus aux arbres ont un nouvel éclat. Tu regardais justement l'un d'entre eux. Boum. C'est la rencontre, c'est l'Autre cette fois. Au détour du chemin, tu n'avais pas vu, c'était un autre carrefour, un chemin qui croisait le tien, elle regardait au ciel elle aussi, et vous vous êtes rencontrés. Tu regardes. De bas en haut toujours, parce qu'on protège son visage lors d'un boum. On baisse la tête. Elle de même, et là vos regards se croisent. Vos corps sont toujours tout près l'un de l'autre, et vos visages aussi. Elle c'est l'inattendue, c'est pourtant celle que tu attendais, tu le sens, tu le sais. Elle regardait plus haut elle aussi, plus haut que ses pas, elle rêvait plus haut que ses pas lui permettaient. Toi aussi.
Elle te prend la main sans rien dire et tu la suis toi aussi sans parler. Main dans la main, elle a décidé de risquer à son tour, elle suit ton chemin. Vous êtes désormais sur le même chemin, et il parait plus étroit, plus escarpé. C'est juste parce que tu ne vois plus les choses du même oeil, maintenant que vous êtes deux sur ce chemin. Les fruits aux arbres sont toujours aussi éclatants, et les fleurs peut-être même plus belles. Et ainsi vous flétrissez ensemble, main dans la main toujours, regard droit devant, ou posé vers le ciel. On ne regarde toujours pas en arrière. Devant, un jour apparait une nouvelle fleur, en plein milieu du chemin, et celle-ci c'est la plus belle que vous n'ayez jamais vue , elle est minuscule pourtant, ronde et douce, elle est rose, beige, elle dit beige rosé, tu dis rose, et cependant vous l'aimez tous deux autant. Vous la cueillez donc et faites attention. On vous a dit souvent de ne pas couper la racine, ou la fleur mourrait. Mais cette fois-ci c'est différent. Il faut couper la racine qui la reliait à la chair. Vous coupez donc et la prenez dans vos bras. Et elle se transforme, elle est vôtre, et vous ne la quittez plus des yeux. Vous ne vous lâchez pas pour autant la main, bien au contraire, elle vous rapproche. Elle vous appelle, vous détache et vous attache sans arrêt, crie, et crie des journées durant. Parfois vous regretteriez presque. Presque. Vous savez bien que vous avez bien fait de saisir l'occasion là où elle se présentait. Vous continuez votre chemin, et elle grandit de jour en jour. Et c'est là que nait ton besoin de retrouver la lettre, de retourner au tout début, rapidement, d'arrâcher ces mauvaises herbes d'un coup de poing, et extirper la jolie lettre, la clé de ce jardin enlisé. Elle te suit, comprend tes besoins, et et derrière chacun de tes pas, elle te guide à sa façon, mais ne lâche toujours pas des yeux la petite. Après quelques obstacles, quelques détours, tu retrouves ton chemin, ton commencement. Tu t'accroches à elle, et elle s'accroche à toi de sa seule main libre. Ensemble, vous cherchez et retrouvez la lettre. La lettre c'était le secret. C'était le cercle, le début, et la fin de tout. L'ensemble et la raison. La raison du Tout et du Rien.
La lettre en fait ce n'était que Toi.