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Dimanche 30 Octobre 2005 à 22:24

 


[L'univers est étrangement bien ordonné . On le voit à la régularité du mouvement des étoiles , de la rotation de la Terre , du passage des saisons . Mais la vie humaine est l'expression même du chaos.]                                 

Toute seule , aujourd'hui , je me sens bien dos aux gens , un peu voutée , tout contre un arbre . Il me protège et nous partageons tous deux les battements de nos coeurs à travers une montagne d'émotions qui nous sépare . Et pourtant . Il m'aide à croire encore en quelque chose .


Il ne faut pas croire , il faut être sûr .


Il m'aide à être sûre de quelque chose . La nature est bien accrochée au sol , même si l'homme la déteste , même si on l'ébranle . L'arbre restera , et accrochera de sa lumière des tas de pupilles de personnes affamées de grandeur et de beauté . Il supportera même sans doute des petites romantiques en chagrin d'amour dans mon genre , qui cherchent une présence , afin d'écrire dans la solitude tout en restant protégée .


Aujourd'hui il m'a fait mal . Comme d'habitude un Lui m'a touchée . Si encore j'avais pu dire que je m'y attendais . Il m'a embrassée , comme tous les jours , a pris ma main et l'a pressée , comme un je t'aime un peu refoulé . Mais j'y ai cru , comme tous les jours , il m'a prise dans ses bras , il s'est rassuré afin de pouvoir m'avouer toutes ses erreurs .


Et je me suis mise à pleurer . Les chaudes larmes tombaient sur lui , qui ne savait plus quoi faire ou quoi dire . Les chaudes larmes l'étouffaient , je le sentais bien , et je continuais . Je continuais , je voulais m'enfuir . Rapetisser , pouvoir me faufiler dans sa poche , rester près de lui et sentir son parfum près de moi . Je voulais couler dans ses yeux . Je ne voulais plus .


Au lieu de ça , au lieu même de lui en toucher un mot , je suis partie en courant . Je pleurais , il ne savait pas quoi faire . Il ne m'a pas courue après , il aurait dû . Il ne m'a pas rattrapée , et je n'attendais que ses bras . Alors je suis retombée , à terre , vaincue , et je me suis essouflée . Les larmes coulaient , je ne savais pas trop pourquoi . Il m'avait abandonnée . Sans lui , c'était fini . Sans lui , demain n'existait pas .


Et je me suis fait honte . La personne que je suis n'aurait jamais fait ça , ne se serait jamais abaissée à terre , si ce n'est pour sentir le parfum de la Terre et de l'Eau . La personne que je suis s'est relevée , comme si de rien n'était . A essuyé ses larmes sur la manche de la veste qu'il m'avait donnée . Et je suis partie .


J'ai couru tête haute cette fois , prise entre les courants d'air qui me sautaient au visage . Je souriais presque malgré moi , et j'ai couru jusqu'ici , ou la nature est reine , et le parfum est roi . Je me suis appuyée contre toi , bel arbre ; je me suis appuyée et j'ai senti le battement de ton coeur , ou ton souffle chaud rassurant me traverser de toutes parts .


Et là , je n'étais plus seule , j'étais deux autant que nous étions un . J'ai posé toutes mes peurs tout contre toi , j'ai senti que tu les avalais pour les recracher au ciel . J'ai posé tous mes doutes contre toi , et tu les as transformés en certitudes . J'étais reposée . J'étais enfin moi . Avec toi . Et là , je n'ai plus pensé à lui , aussi incroyable que cela puisse paraître , tu m'avais apporté assez de bonheur pour vivre une décennie . Je me suis endormie , fatiguée de ces sensations inexplicable de bonheur pur et intense .


Je viens de me réveiller . Tu as bredouillé par un mouvement de ton feuillage , qu'il fallait à présent que je m'en aille . Et les souvenirs de cette journée sont gravés en moi .


Je me retire à présent .

 
Jeudi 27 Octobre 2005 à 20:58

Je suis un petit garçon . J'ai dix ans hier . Il y a un mois . Il y a dix ans . Je n'sais plus , j'ai perdu toute notion du temps . Je suis un petit garçon de dix ans , mais je comprends , ne croyez pas que je suis bête ou même naïf . Je vis dans un monde de grands . Et je comprends . Je suis assis , toute la journée , ou même allongé . Sur un grand canapé rouge brique . Enfin je crois . C'est ce dont je me rappelle . Le canapé rouge brique . J'ai un père , une mère , un frère et une soeur . Je suis allongé sur mon canapé et je domine . J'impose une taxe quotidienne sur le droit d'entrée qui varie selon mes humeurs . Un bisou , un calin , cela dépend . Je suis assis sur le canapé rouge brique et l'on m'aime , et j'aime en silence sur mon canapé . J'aime assis , allongé , j'aime en silence . J'aime en patience . Je ne dis plus rien . Je me suis empêché de parler . J'ai la bouche en attente de mots , et je ne les trouve plus , je les ai perdus . Cela doit faire un an , deux ans peut-être , que je n'ai pas dit mot . Que j'ai fermé toutes les portes . Toutes mes portes . Mes yeux se sont fermés doucement , mon seul paysage désormais est le noir , le vide . La belle absence de tout devant mes pupilles . Je ne sais plus observer , je suis dans le noir . C'est le chaos à l'intérieur , et tout est renversé . Je ne sais plus comment faire , on m'a tout désappris , et moi je ne comprends plus rien à ça , je ne voulais pas . Je ne voulais pas être assis allongé toute la journée . Je ne voulais pas avoir à avaler ces putains de médicaments qui frôlent le goût du vomi . Trois fois par jour , toujours les mêmes . Trois fois par jour , toujours la même rengaine . Moi je voulais juste que l'on s'occupe un peu plus de moi . Je vous explique . Avant , mon papa ne m'aimait pas . Une fois , j'étais un peu trop gros , une autre un peu trop bête , une autre je ressemblais trop à ma mère , ou à mon grand père , ''De toute façon , vous êtes tous pareils .'' Les mots claquaient dans ma gorge , j'avalais ma salive pour me forcer à ne pas pleurer . Les tristes histoires d'une mère les larmes aux yeux , qui mordait dans un mouchoir pour se changer les idées . Et pour ne pas pleurer devant moi . Moi , j'étais trop petit , et je ne comprenais pas . Je me posais des questions , je me disais ''Pourquoi moi ?'' Mais c'était comme ça , et je n'y pouvais rien faire . Ma tête remplissait de moins en moins son rôle , et les coups pleuvaient de plus en plus . On me sortait de son chapeau les grandes phrases , les phrases qui font mal à la gorge , et qui foutent un mal au ventre du tonnerre . Les ''On va t'envoyer en pensionnat'' et toutes les phrases aussi bêtes que celles-là . Quand j'y pense aujourd'hui , si je parlais encore , si j'écrivais encore , j'enverrai une lettre au président pour faire voter une loi . Interdit d'envoyer son enfant au pensionnat . Les prochains seraient tranquilles , et ne finiraient peut-être pas sur un canapé rouge brique , allongés toute la journée . On m'envoya donc voir un psychologue , un psychiatre , un pédopsychiatre . Ma tête ne remplissait pas son rôle et on n'y comprenait rien . Mettre des mots sur un problème . Comment faire lorsque tout le monde est désarmé . Lorsqu'il n'y a pas encore de mots . Alors je continuais à vivre péniblement , à survivre peut-être , la plupart de mes jours enfermé dans une prison , avec des enfants pas sages , qui savent mieux que toute autre personne -à part peut-être mon père- blesser à l'intérieur . Les injures qui fusent , les mots qui font mal , et qui touchent tout au fond . Les enfants sont méchants , je vous promets , il ne sont pas tout gentils comme on veut bien le faire croire . Il faut être parfait , et rentrer dans les normes de ces petits gosses pourris gâtés . Ce n'était pas mon cas , j'étais un poète , un gros nounours , j'avais un coeur et un cerveau trop grand pour pouvoir les comprendre , et ils ne me comprenaient pas . J'étais un ringard , j'étais un petit garçon tout seul , au fond de la cour . Et puis tout d'un coup survient la sauveuse . Tout d'un coup , elle apparait , et comme une évidence , on sait tout de suite qu'elle n'est pas de ceux-là . Qu'elle a été rejetée elle aussi , et qu'elle n'attend que les bras d'un gros nounours au coeur trop grand . Alors on a parlé . Elle m'aimait je l'aimais , juste parce que nous étions tous les deux . Et qu'eux ils étaient contre nous . Parce que nous étions différents , parce que nous le sommes encore, et que nous le serons toujours . Nous sommes différents , c'est bien sûr . Tu étais devenue mon rayon de soleil , ma petite amoureuse comme on dit lorsqu'on est gosse . Et puis tout a changé . Du soleil , est apparu l'ombre , les nuages se sont avancés , et moi je suis resté derrière , derrière ...
Dans ma prison de fer , je me suis enfoncé , et petit à petit , sans toi , belle évidence , ma petite amoureuse , j'ai tout désappris . Puisque tout ne servait plus à rien , il suffisait de le changer en un rien . C'était tout simplement déconcertant de simplicité . Alors j'ai appris le rien . J'ai tout détruit à l'intérieur . Sur un canapé rouge brique cela ne sert plus à rien un cerveau de la taille d'un éléphant . Oh oui , je vous vois venir , il exagère . Bon d'accord . Et alors ? J'ai bien le droit de rêver , aujourd'hui sur mon canapé , assis , allongé peu importe . J'ai dix ans . Je rêve . J'ai donc tout désappris en un temps qui moi-même m'a étonné . J'avais étonnamment bien réussi mon projet . Tout désappris en un , deux mois peut-être . Je me suis surpris de ma rapidité . Et tout d'un coup plus rien . Le noir , le vide . Un rien qui fait un peu trop mal . Je suis vite redescendu de ma joie , de ma fierté . Je me suis rendu compte que même sans toi , le monde avait du charme , et que c'était fini , je n'avais plus la possibilité de le regarder . Aujourd'hui je suis sur mon canapé . Rouge brique . Couleur douleur .

 
Lundi 24 Octobre 2005 à 19:43


Je suis un jeune homme . Et j'ai eu 18 ans hier . J'ai le bel âge comme on dit . Si j'ai décidé d'écrire , ce soir , c'est tout simplement parce que je veux trouver la paix , me réconcilier avec moi-même . Je me sens mal , et n'arrive plus à me regarder dans un miroir sans ressentir une honte que je ne peux décrire . Je ne suis plus célibataire depuis huit mois maintenant , et c'est triste à dire mais je ne suis pas amoureux , voilà la base de mon problème . J'aurais aimé l'aimer comme elle mérite d'être aimée . J'aurais aimé vouloir lui offrir le ciel pour un sourire de sa part , ou même décrocher la lune pour qu'elle veuille de moi . Mais je ne peux pas , je ne sais pas . Je n'arrive pas .


Je la trouve belle , et suis content qu'elle soit avec moi . Quoique , quelques fois , je ne sais même pas . Elle est toute douce , a le regard clair et des traits fins . Ses cheveux raides sont clairs eux aussi , et tombent sur ses épaules juste comme il faut . Elle a déjà le corps d'une dame , derrière ces traits d'adolescente . Elle n'en fait jamais trop , n'en rajoute jamais . Elle fait des tas d'efforts pour que j'arrive enfin à l'aimer , elle en est presque naïve . Elle me prend dans ses bras , et me chuchote à l'oreille des paroles douces , son souffle chaud me chatouille le cou , et je devrais trouver ça agréable que l'on m'aime d'une telle manière . Seulement la seule chose qui me vient à l'esprit est de frissonner , et de faire semblant . Comme d'habitude faire semblant , pour ne pas lui faire trop de peine . Elle ne sent pas que ça me gêne , de sentir son souffle dans mon cou . Elle ne sait pas combien j'apprécie les moments où je suis seul , depuis qu'elle est avec moi . On pourrait me prendre pour un idiot , un connard , comme vous voudrez . Mais je n'y arrive pas . Je n'arrive pas à supporter l'amour inconditionnel qu'elle me porte chaque jour . Et puis , je suis bien obligé de lui mentir quelques fois , pour apaiser ses peurs , et ses méfiances . Oui , je lui ai dit que je l'aime , oui je lui ai dit que j'avais besoin d'elle . Ce n'était pas faux , j'ai besoin de son corps , qui me rassure , le corps d'une femme contre le mien me rassure , je n'y peux rien . Elle y trouve du plaisir aussi , chacun est heureux comme ça , du moins c'est ce que je me répète , histoire de ne pas trop m'auto-dégouter . J'aime caresser les lignes de son visage , et toucher en elle le plus profond , provoquer le plaisir et le désir . J'aime que l'on m'aime , cela doit être ça . Poser des mots sur le problème , depuis le temps que j'attendais ça . Ce soir , peut-être même que je m'endormirais en pensant à elle , et en la voulant près de moi . Elle est si douce , si belle . Mais je ne l'aime pas .


 


Je suis une jeune fille . Aujourd'hui j'ai 17 ans . Ca fait 8 mois que je ne suis plus célibataire . Ca fait 8 mois que je suis amoureuse , peut-être même un peu plus . J'aime j'aime comme il est possible d'aimer je pense . C'est Lui , je ne sais pas pourquoi , je sais juste que c'est Lui et Moi , et que Nous , c'est Tout . Avant , je n'étais pas comme ça , je n'étais pas une ''romantique'' et je prenais tous les garçons pour des imbéciles . Je cherchais juste le contact , le toucher , le physique , sans me préoccuper de tout ce qu'il pouvait bien y avoir derrière . Je ne creusais pas derrière l'apparence , puisque la seule chose qui me préoccupait était l'apparence .


Mais aujourd'hui j'ai enfin changé . Je suis devenue quelqu'un de bien , presque une madame . J'ai trouvé celui qui me convenait , qui me va bien au teint , qui me va bien en tout , et je vais bien aujourd'hui . Je ne manque de rien , et ne recherche donc plus le contact pour combler ce manque qui m'oppressait auparavant . J'ai compris enfin qu'il était possible que l'on m'aime grâce à Lui et tout ce qu'il m'a donné en 8 mois . Plus que le contact physique , plus que l'amour entre quatre murs , dans un lit . Je sens bien quand il frissonne , à chacune de mes paroles , qu'il m'aime , et qu'à lui aussi , ça lui fait tout chaud à l'intérieur . Une sensation de bien-être , de désir et de plaisir à la fois . Je sais tout ça , et je sens bien que l'on est en phase , que l'on ressent la même chose . J'ai l'impression qu'il me donne tellement par rapport à tout ce que je ne pourrais jamais lui apporter que j'en fais peut-être trop quelques fois . Mais il est trop gentil pour me l'avouer . Il me dit des mots que je ne comprends pas , mais que je laisse à part , sans vouloir les comprendre . Il m'a dit plusieurs fois que j'étais naïve et ne m'a pas répondu lorsque je lui ai demandé pourquoi . Je n'sais pas , il a peut-être peur que l'on parle de moi , toutes celles qui m'aimaient tant avant , mes amies , je sais qu'elles sont jalouses de moi . Et qu'elles parlent de moi quand je suis dans ses bras , quand je ne suis plus là . Il y en a même une d'elles qui a osé venir me dire qu'il fallait que je fasse attention à lui . Comme si elle le connaissait plus que moi . Ce jour-là , je crois qu'elle a compris ce que ''se faire envoyer balader'' voulait dire . Je m'en suis même voulue après , moi qui d'habitude suis si douce . C'est Lui qui me l'a dit . Que je suis douce . Il m'a dit douce et belle comme un arc-en-ciel . Qu'est-ce qu'elle m'a plu cette phrase . Je l'ai notée dans un recoin de ma tête pour ne jamais l'oublier . C'était un après-midi , après avoir fait l'amour . Un après-midi où je m'étais encore toute donnée à lui . Il sait où frapper pour provoquer . C'est pour ça aussi que je l'aime . Je m'en veux même d'avoir une vie si belle . Si vous saviez .


 


C'est encore moi . Le jeune homme . 18 ans . Tout ça . Je crois qu'il faut que j'arrête tout maintenant , pour qu'elle souffre le moins possible . Je ne la mérite pas .


 


C'est encore moi . 17 ans . Jeune fille amoureuse . Il a quelque chose à me dire d'important aujourd'hui . Je me languis déjà . Je l'aime .


 


Voilà , c'est fait , je lui ai avoué . Enfin . Elle a pleuré et s'est réfugiée dans mes bras . Puis soudainement s'est détachée , comme si elle avait pris un éclair en pleine figure . Lorsque je lui ai demandé pourquoi , elle m'a dit que je la brûlais d'amour au passage . J'ai trouvé ça beau . Je la brûle d'amour . Et elle est partie , toute seule , elle m'a fait tellement de peine , j'en aurais presque pleuré . Les autres filles sont méchantes , et se moquaient d'elle , parce qu'elles savaient . Je les ai giflées . Et je n'ai aucun remord .


 


Je ne sais plus rien , aidez-moi , quelqu'un s'il vous plait . Aujourd'hui il m'a quittée . Aujourd'hui , il m'a dit qu'il ne m'aimait pas . Je l'aime je l'aime . Il était si beau , presque timide pour la première fois , et ses yeux brillaient d'attente de ma réaction . Ses yeux bleus brillaient à travers moi . Il a mis la main dans mes cheveux , et je me suis prise entre ses bras . Je ne veux pas . Je ne peux pas . Je suis partie , pleurant , criant , aller me réfugier dans un coin quelques mètres plus loin . J'entendais les filles se moquer de moi . Et je l'ai entendu les gifler . Je ne peux même pas me dire que c'est un connard . Puisqu'il est presque parfait . Parfait pour moi en tout cas . Il l'était .


 

 
Lundi 24 Octobre 2005 à 15:21


Je suis une vieille dame maintenant . J'ai 85 ans demain . Et demain je ne serai plus là , je le sais , je le sens , ça ne s'explique pas ces choses là . Et il me prend l'envie d'écrire , de retracer un petit bout de vie dont je ne suis pas très fière pour peut-être partir en paix . Il faudrait donc pour être sincère repartir du moment où tout a commencé , du moment où j'ai commencé à changer , pour devenir celle que je suis aujourd'hui , celle qui a évolué . Dans le bon sens , je n'sais pas . En tout cas , j'ai grandi .


Tout a donc commencé un douze , je m'en rappelle . Depuis ce jour , douze est devenu mon chiffre favori . Un douze décembre je crois bien . Ce jour-là , je suis allée le voir , et comme d'habitude , on est allés au cinéma . Comme d'habitude on a fait l'amour . J'étais encore jeune à cette époque , je devais avoir 20 , 25 ans peut-être . Mais cette fois , ca a été différent . Cette fois , je suis tombée enceinte . A cette époque , les précautions n'existaient pas et on n'y pensait pas du tout . Alors , j'ai gardé cet enfant , et nous nous sommes mariés , comme ça se faisait à l'époque . Même s'il ne m'aimait pas . Il se sentait obligé et il l'a fait pour moi . Ce jour-là comme tous les autres , a eu lieu un mariage sans amour . Neuf mois plus tard , Jade est née . Petit amour de bout de moi . J'en suis littéralement tombée amoureuse . Pas lui . Elle me ressemblait trop , elle n'était pas belle , il ne la regardait pas , il ne la touchait pas , de peur que son souffle chaud le brûle de tendresse et que l'amour lui saute au visage . Il ne voulait pas tomber sous la dépendance , de qui que ce soit , ou quoi que ce soit . Surtout pas d'une femme , surtout pas d'un gosse . J'ai élevé cet enfant toute seule , il passait sa soirée à lire . Des romans , des belles histoires pourtant , je ne comprenais pas pourquoi il était si mauvais . On ne peut pas être mauvais quand on lit des romans , ou bien peut-être avait-il décidé de vivre par procuration , de vivre à travers ses livres , étant donné qu'il n'avait pas eu le choix . Pas le choix de femme , pas le choix de gosse . Il avait besoin de sentir qu'il était maître de la situation . Dans ses livres , il le sentait , c'est lui qui décidait , qui écrivait l'histoire à chaque page , à chaque mot . Jade grandissait à vue d'oeil , je m'en émerveillais chaque jour un peu plus . Cette petite princesse faisait tout pour se faire remarquer du monstre glacé enfermé dans le monde aux mots . La petite princesse voulait que son papa l'aime , comme elle l'entendait dans les belles histoires , elle attendait d'être libérée de cette prison sans amour , elle voulait le libérer de cette prison de mots . Et tous deux attendaient d'être libérés , l'un par l'autre , personne n'avançait , dans cette situation sans queue ni tête . Ma fille était belle , ma fille avait de grands yeux verts , une peau bronzée , et de beaux cheveux châtains clairs . Son père n'en voulait pas , moi je ne voulais pas la partager , de peur qu'on me la prenne , vous comprenez , elle ne tenait plus que sur une jambe , puisque son père n'en voulait pas . Seule moi pouvait la protéger , la garder . Lorsqu'elle eut trois ans , la  séparation fut difficile . Je pleurai , ne voulais plus lâcher sa main , tandis qu'elle pleurait de me voir pleurer , me prenait dans ses petits bras pour me dire de ne pas être triste . Le monde à l'envers . Je rentrai donc chez moi seule , avec Lui . Là , commença le dur cauchemar . Maintenant que la petite n'était plus là , le père ne se gênait plus pour me frapper . Il n'osait pas quand Jade était là , et moi je ne pouvais rien dire , j'étais esclave de ses pulsions violentes . J'y passais deux fois par jour , lorsqu'il était de mauvaise humeur , lorsque tout n'était pas à sa guise . Je parlais trop fort , je faisais trop de bruit , il  n'arrivait pas à se concentrer . Monsieur voulait encore tout contrôler , et me mettre à son service . Les bleus naissaient , grandissaient , se reproduisaient puis mouraient , silencieux sur la peau fragile d'une mère qui doit se taire . Un jour , je décidais enfin de le quitter . Ce fut un scandale , vous n'imaginez même pas . Je partis quand même , à fleur de peau , il ne m'en aurait plus fallu beaucoup plus pour penser à en finir . Mais  Jade comptait trop , je ne pouvais pas la laisser avec Lui , alors je décidai de l'emmener . On s'installa dans un petit appartement , au cinquième étage . C'était petit , mais c'était notre paradis . On s'imaginait qu'on allait enfin pouvoir vivre normalement , et pouvoir être heureuse . On s'était bien trompées toutes les deux . Le destin en avait décidé autrement .


 


L'année suivante , Jade commença à avoir de mauvaises notes à l'école . Elle venait de rentrer en Cp , et jusque-là était une petite fille brillante et éveillée , promise à un glorieux avenir , qui savait déjà lire , écrire , compter . On lui avait fait sauter une classe . Et là , elle ne comprenait plus rien , je lui demandais de m'expliquer tout ça , et elle ne savait pas quoi me répondre . Je la savais sincère , on alla donc faire des examens , juste histoire de me rassurer .


Là commença la fin . Jade était malade . Très malade . Une maladie du cerveau , je n'ai pas retenu son nom , je ne voulais pas en entendre parler , j'écoutais à peine le docteur qui osait me raconter chacun des symptômes , aussi catastrophiques les uns que les autres . Des bribes de paroles parvenaient à peine à mes oreilles . Déficit de myéline ... Cerveau ... Troubles de l'apprentissage ... Bientôt ... Perte de l'équilibre ... Surdité ... Cécité ... Je n'entendais plus rien , ma fille était malade , non ce n'était pas possible , on ne pouvait pas me l'arracher , c'était la seule chose à laquelle je tenais , la seule chose qu'il me restait encore . Il me fallait résister , il fallait que je la protège .


On continua notre vie en ermites , petit nid d'amour entre mère et fille . Je ne voulais pas lui faire peur , je lui expliquai les choses simplement . Qu'elle avait un problème au cerveau , et que ca allait être dur , mais qu'elle guérirait . Qu'il fallait toujours garder l'espoir . Les enfants sont très courageux , elle m'a dit d'accord , je résisterai maman . J'en avais les larmes aux yeux . Notre vie est devenue dure . Elle ne marchait plus maintenant , ne parlait plus . Petit à petit elle ne vit plus , mais elle entendait . Alors je lui chantais des chansons , lui racontais des histoires , lui lisais des poèmes , lui inventais une vie par des mots . Elle s'était petit à petit enfermée dans une prison de mots et d'amour . Comme quand elle était petite . Les prisons de son père et d'elle-même . Elle avait involontairement plus ou moins reproduit le schéma . Ma fille était belle , toujours aussi belle , et souriante . Même dans la douleur , elle voulait sourire . Ma fille s'éteignait dans sa lumière , et moi je faiblissais . Je ressentais la fatigue , les nausées , et je pensais que c'était normal , à force de veiller sur elle . Mais au fond , je savais bien que ce n'était pas normal , mais je me voilais la face . Une malade suffisait . Maladie . Mal-à-dire . Toutes les deux avions eu du mal-à-dire dans notre vie . Je me rendrais compte plus tard à quel point . Quelques années plus tard , ma fille mourut . Elle mourut dans l'amour . Dans l'amour d'une mère .


Même si c'était peu à côté de ce qu'elle n'avait jamais eu l'occasion de connaître et ce qu'elle n'aurait jamais l'occasion de connaître .


Petite ange .


Pendant cinq ans , je suis restée enfermée dans une routine , pour tuer la souffrance et l'ennui . Comme on dit ''métro-boulot-dodo'' . Il me fallait ça , pour me reposer en quelque sorte . Mais mon état ne s'arrangeait pas , il allait même en empirant . Je me suis retrouvée un soir sur un lit d'hôpital , sans bien savoir pourquoi j'y étais , ni comment j'y étais arrivée . Un homme était à côté de moi , il semblait avoir à peu près le même age que moi , entre 35 et 40 ans , et il s'était endormi . Il semblait beau , même les paupières closes . Il avait des cheveux blonds décoiffés , et un grain de beauté sur la paupière droite . Sa tête était posée sur sa main , et l'on pouvait voir même sans le toucher , que sa peau était douce . Il portait une écharpe qui ne lui allait pas , elle semblait être rugueuse , cela ne collait pas . Il avait l'air inquiet , même dans son sommeil . Je m'assis doucement sur le lit blanc , se trouva affreusement pâle dans le miroir. Je vis alors qu'à ma gauche , sur la table de nuit , un bouquet de fleurs était fraîchement posé .


 


L'homme se réveilla , un peu surpris par le bruit qu'avait causé mon réveil . Il s'excusa presque d'avoir ouvert les yeux . Il était timide . Il avait de beaux yeux verts clair , maintenant presque cachés par ses cheveux en bataille . Je n'osais même pas parler , perdue au fond de ses yeux , dont je ne pourrais même pas vous décrire la beauté . Trop intense pour pouvoir en parler . Il se présenta , je ne me rappelle absolument pas de ses mots . J'étais prise au coeur par une insoutenable douleur , était-ce vraiment une douleur ? J'avais l'estomac tordu , peut-être par la faim , peut-être par l'amour . Qui sait ? J'étais là depuis une semaine peut-être , j'avais dû tomber dans le coma , à la suite d'une chute un peu violente , oui ça doit être ça . Et maintenant je suis là , tout va mieux . Ca ne colle pas . Même en me persuadant . Il me parlait toujours , voyant que je n'répondais pas , me demandait si j'allais bien . Je crois que je lui avais répondu oui . Il me raconta ce qui s'était réellement passé . J'allais vers le métro , un matin encore sombre , lorsqu'il me vit tomber tout à coup . Il s'était tout de suite précipiter pour voir si j'allais bien , mais j'étais inconsciente . Il m'amenait à l'hôpital , ... Je n'écoutais plus la suite . C'était mon sauveur . Les mots défilaient , sortaient de sa bouche tout d'un coup , mais je ne regardais plus que la bouche . Jusqu'aux mots ''cancer du sein''. Là , j'ai repris conscience , et j'ai demandé pardon . Il m'expliqua alors que c'était à cause de mon cancer que j'avais fait un malaise , et que je devais avoir l'habitude , que ça ne devait pas toujours être drôle .


 


Ce jour-là j'ai eu un cancer du sein qui m'a frappé en pleine face . Un cancer du sein et l'amour . L'homme est revenu tous les jours , pour m'épauler dans ma douleur , et m'aider à me réouvrir au monde . Il m'a réappris à sourire pour des choses simples , et à aimer les choses simples , comme l'admiration du premier rayon de soleil du matin , et le plaisir de se lever assez tôt pour le voir , la chaleur qui vous perce le dos , appuyé sur une vitre à lire un livre dans la paix d'une belle journée d'été . J'ai réappris à aimer la vie .


Je l'aimais . Il m'aimait . Et chaque jour je repoussais l'échéance du jour auquel il faudrait se dire que l'on s'aimait . Je voyais bien qu'il ne savait pas trop comment faire , mais qu'il voulait être avec moi . Un jour c'est allé trop loin pour moi , il m'a embrassé longtemps , doucement , comme jamais on ne m'avait embrassé , comme toujours j'en avais rêvé . Et doucement , nous nous sommes appris . J'ai appris son corps et lui le mien . Mais il ne fallait pas , je ne pouvais pas , je ne devais pas lui faire ça . J'étais malade , et j'allais mourir . Mon désir était plus fort que ma raison ce jour-là . Nous avons fait l'amour ce jour-là , et nous nous sommes aimés pour de grand . Il ne fallait pas , je ne pouvais pas . Je lui ai menti juste après , je lui ai dit que je ne l'aimais pas , que je ne devais plus jamais le revoir . Pour ne pas le faire souffrir encore plus . Lui dire que je ne voulais pas qu'il me voie mourir petit à petit , comme j'avais vu s'éteindre Jade . A partir de ce jour-là , je ne le revis plus , il m'aimait si fort qu'il respectait mon choix , et ça me faisait mal de me dire que c'était un homme encore plus extraordinaire que ce que je croyais . Je me renfermais dans la maladie , et aggravais mon cas par le surplus de mal-à-dire sans lui . Les séjours à l'hôpital augmentaient . Je faiblissais , je maigrissais .


 


Un jour , quelques mois plus tard , je me réveillai de nouveau dans un lit blanc sans savoir comment j'y étais arrivée . Il était là de nouveau , le beau sauveur doux aux yeux verts clair . Je devins agressive , pour lui empêcher de voir dans quel état j'étais , mais il savait tout . Il m'observait chaque jour , de sa fenêtre , me voyait tituber en descendant les marches devant ma porte , me voyait faiblir petit à petit . Il était malheureux lui aussi . Je compris alors qu'il voulait être avec moi , dans la souffrance et dans la douleur, et que c'était ça l'amour , parce que j'en ferai de même pour lui . A partir de ce jour-là , je suis redevenue forte et heureuse . Grâce à lui . J'ai réussi à vivre de nombreuses années avec un cancer . J'ai le goût de la vie , et la sérénité devant la mort , parce que j'ai connu l'amour .


 


Demain , je vais mourir . Parce que je ne veux pas avoir plus de 85 ans et quelques heures , parce que je sens que c'est la fin . Parce que je vois la lumière devant mes yeux , parce qu'il est mort il y a une semaine lui aussi . Parce que je sais que sans lui ça n'en vaut plus la peine à mon âge . Que j'ai vécu ma vie , j'ai vécu ce que j'avais à vivre , et qu'il faut maintenant laisser la place aux autres .


 


Je me retire , en paix , calme, avec moi-même . Et lui aussi bien sûr . Il est là , tout près . Sa peau douce effleure ma joue , je le sens  , et sa main parcourt les lignes de mon corps une dernière fois .


 


Je me retire à présent .

 
Lundi 24 Octobre 2005 à 14:41

Bonjour .



 


Si j’étais un livre : Autoportrait au radiateur – Christian Bobin


Si j’étais un mot : éphémère - Azurréel


Si j’étais une phrase : Allons nous gaver d’amour jusqu’à en crever . (Love Actually)


Si j’étais un écrivain : Bobin


Si j’étais une planète : Venus


Si j’étais un personnage fictif : Hermione ou Ginny


Si j’étais un poème : Je suis comme je suis – Prévert / Prose du bonheur et d’Elsa - Aragon


Si j’étais un chiffre : 3 ou 12


Si j’étais une horreur : Je serais une piqûre


Si j’étais un merci : Ce serait Merci à Elle .


Si j’étais un pardonne-moi : Ce serait à Lui peut-être . Je n’sais pas trop .


Si j’étais un âge : 16 ans .


Si j’étais un prénom : Lily Rose


Si je pouvais choisir un corps où me réincarner : Chad =D


Si j’étais une fleur : Orchidée - Tournesol


Si je n’étais plus rien : Je m’embêterai terriblement .


Sur ces mots , je vous laisse découvrir un peu de moi .